Crédits : Jon Sullivan (2017).

Pour cette « rentrée des classes » 2023, la Société Française d’Ecologie et d’Evolution (SFE2) vous propose le premier épisode (R112) d’un Regard en plusieurs parties de Harold Levrel, Professeur d’Economie à AgroParisTech et chercheur au CIRED, sur la déstabilisation des socio-écosystèmes côtiers californiens face à l’expansion des populations régionales de phoques et lions de mer.

MERCI DE PARTICIPER à ces regards et débats sur la biodiversité en postant vos commentaires et questions sur les forums de discussion qui suivent les articles; les auteurs vous répondront.

——-

Socioécosystèmes côtiers sous pression:
Quelle cohabitation entre grands mammifères terrestres et marins ?

Harold Levrel,

Professeur à AgroParisTech et à l’Université Paris-Saclay, Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (CIRED)

Partie 1 : Impacts du réensauvagement des milieux marins sur les socioécosystèmes californiens

Regard R112, édité par Anne Teyssèdre

—-

Mots-clés : Pinnipèdes, réensauvagement, Californie, socio-écosystèmes côtiers

—–

Résumé

Ce ‘Regard’ publié en plusieurs parties explore les impacts de l’augmentation régionale des populations de deux espèces de pinnipèdes – le Lion de mer de Californie Zalophus californianus et le Phoque commun Phoca vitulina – sur les socioécosystèmes du littoral californien, distingués selon quatre grands types : les plages urbaines, les ports de plaisance, un fleuve, l’écosystème marin côtier.
Dans cette première partie, nous détaillerons les dynamiques écologiques et les impacts de l’expansion locale des pinnipèdes sur les activités humaines. Ce réensauvagement des zones côtières américaines a déstabilisé l’organisation sociale de la gestion des espaces, les représentations de la place des êtres humains dans ces socioécosystèmes et les formes d’appropriation de ressources partagées, menaçant le renouvellement des conditions matérielles nécessaires au maintien de certaines activités humaines dans ces territoires.

Préambule

Le 10 juillet 2022, des lions de mer de Californie (Zalophus californianus) dérangés par une personne qui s’est approchée d’eux pour faire un selfie (de trop), se réveillent et poursuivent des touristes habitués à considérer ces grands mammifères marins semi-aquatiques comme de doux dormeurs inoffensifs. La vidéo de cette scène, drôle mais qui aurait pu être tragique, est mise rapidement en ligne sur TikTok et devient virale avec 12,5 millions de vues(1). Elle est saluée par 1,6 million de « j’aime » et génère 16 000 commentaires relativement unanimes : la nature reprend ses droits et c’est tant mieux.

Au-delà du caractère anecdotique de cette scène, assez logique en période de reproduction de l’espèce où les mâles sont agressifs entre eux, elle offre l’image contrastée d’une espèce qui après avoir été chassée par l’homme pendant des siècles, et conduite au bord de l’extinction, s’avère aujourd’hui chasser des êtres humains de leur habitat. Elle offre aussi une illustration des difficultés que rencontrent les autorités (humaines) pour établir de nouvelles règles du jeu – et les faire respecter – dans l’usage d’espaces dorénavant partagés entre humains et non-humains, notamment au sein de zones hyperanthropisées telles que les grandes villes côtières.

(1) : https://www.tiktok.com/@favortown/video/7118467489226394922?is_from_webapp=v1&item_id=7118467489226394922

Introduction

L’arrivée de nouvelles populations non-humaines dans des territoires habités ou fréquentés par des humains conduit souvent à déstabiliser l’équilibre socioéconomique en place (Draheim et al., 2015 ; Redpath et al., 2015). Cette déstabilisation peut concerner les dimensions économiques (impact sur des activités professionnelles), sanitaires (risques de contamination organique ou de nouvelles maladies pour les humains), sécuritaires (dangers physiques), sociales (nouveaux conflits entre membres de la communauté humaine à propos de ces nouveaux arrivants non-humains), culturelles (disparition de certains usages « traditionnels » locaux).

Une récente revue de la littérature scientifique nous dit que la faune sauvage génère plutôt des effets négatifs sur les sociétés humaines (Methorst et al., 2020). Le nombre de publications recensant des impacts négatifs d’animaux sauvages sur les populations humaines est 3,8 fois plus important que le nombre d’articles pointant des effets positifs(2).

(2) : Ces chiffres offrent néanmoins une image bien différente de celle fournie par le dernier rapport de l’IPBES sur le sujet, qui nous laisse à penser que la biodiversité sauvage serait uniquement source d’opportunités pour les humains (IPBES, 2022).

C’est pourquoi, sans nécessairement se positionner contre ces espèces, les habitants des territoires « colonisés » attendent souvent que la puissance publique régule les dynamiques de réensauvagement, en se référant à un équilibre antérieur que de nombreux acteurs souhaiteraient recouvrer. Les requêtes des populations riveraines sont souvent suivies d’actions des pouvoirs publics, mais l’efficacité de ces dernières est la plupart du temps limitée. En effet, lorsque les populations sauvages considérées sont légalement protégées et leur croissance forte, il apparaît relativement illusoire d’espérer un retour vers un état antérieur. Il n’y a donc d’autre alternative que de s’adapter.

Cette question est discutée dans ce papier, en partant de l’exemple de l’augmentation des populations de pinnipèdes* sur la côte ouest-américaine. Il est estimé que les populations de lions de mer de Californie (Zalophus californianus, de la famille des otaries) et de phoques communs (Phoca vitulina, de la famille des Phocidés) de la côte californienne avaient été respectivement réduites à quelques milliers et quelques centaines d’individus dans les années 1920. La chasse intensive de ces espèces, pour leur peau (vêtements et coques de bateaux), leurs moustaches (ornement), leurs testicules (médicament), leur chair (nourriture pour humains et pour chiens), mais surtout leur graisse (3-4 lions de mer fournissent un baril d’huile), avait failli les conduire à l’extinction à la fin du 19ème siècle (Cass, 1985).

La baisse de la pression de chasse dans l’après-guerre, puis la loi sur la protection des mammifères marins de 1972 (Marine Mammals Protection Act, MMPA*) vont suffire à restaurer, de manière spontanée, les populations de lions de mer de Californie – 275 000 individus en 2022 – et de phoques communs – 30 000 individus en 2022 (NOAA, 2014, 2018 ; Laake et al., 2018, Figure 1)(3).

(3) : Les données précises d’évolution d’abondance des pinnipèdes aux Etats-Unis n’existent pas. Aucun suivi systématique à l’échelle des Etats ou à l’échelle fédérale n’a été réalisé. Les estimations sont produites à partir de croisements entre données de terrain et modèles de population. Toutes les informations sur le suivi des pinnipèdes sont disponibles sur le site suivant : https://www.fisheries.noaa.gov/national/marine-mammal-protection/marine-mammal-stock-assessment-reports-species-stock

Figure 1 : Evolution de la population de lions de mer en Californie depuis 1975. MNPL: productivité nette maximale, K: capacité de charge des habitats pour cette espèce. Source : Laake et al., 2018.

 

La reconstitution des populations de pinnipèdes va bouleverser l’équilibre des socioécosystèmes* côtiers californiens. Un socioécosystème* est caractérisé par un ensemble d’entités sociales et biophysiques (humaines et non-humaines) interagissant à des échelles spatiales, temporelles et organisationnelles spécifiques, qui utilisent et régulent un flux de ressources communes, et engendrent des dynamiques complexes et adaptatives de manière continue.

Une particularité des pinnipèdes* est qu’ils passent à peu près la moitié de leur vie en mer – pour se nourrir, se reproduire, se déplacer et jouer – et l’autre moitié à terre – pour se reposer, se réchauffer, se reproduire, nourrir et élever leurs petits. Ces animaux étant relativement peu farouches, assez lents dans leurs déplacements sur terre (du moins, c’est l’impression générale qu’ils donnent aux promeneurs) et bénéficiant d’une image sociale très positive, ils apparaissent comme des voisins avec qui les êtres humains peuvent facilement cohabiter au sein d’un même socioécosystème*. Pourtant les pinnipèdes sont à l’origine de nombreux problèmes pour les personnes vivant ou menant des activités en zone côtière : nuisances olfactives et sonores, contaminations organiques, pertes d’accès à des espaces de loisir, prédation sur des stocks de pêche exploités, etc.

La littérature scientifique sur le sujet est relativement abondante, mais entièrement centrée sur la déprédation*, c’est-à-dire les prélèvements de poissons par ces mammifères marins, aux dépens des pêcheurs. Le site Human Wildlife Conflict & Coexistence, qui fait un suivi de toutes les publications sur les conflits existant entre humains et espèces sauvages dans le monde, recense 84 articles sur les pinnipèdes :

  • 44 concernent des interactions avec les pêcheurs (dont 1 avec des pêcheurs amateurs) ;
  • 25 abordent les moyens techniques d’éviter la déprédation* par les pinnipèdes (nouveaux engins de pêche ou équipements permettant d’éloigner ces mammifères) ;
  • 7 explorent les processus de gouvernance visant à réguler ces conflits avec les pêcheurs (dont 5 sur les approches participatives et la mobilisation des connaissances locales) ;
  • 8 publications s’intéressent à des questions qui ne concernent pas directement les pêcheurs, en proposant le plus souvent une analyse des perceptions de ces nouveaux arrivants par les communautés humaines locales ;
  • une seule publication (Konrad et Levine, 2021) décrit un conflit qui renvoie à un autre usage du littoral que la pêche : les activités de loisir sur une plage.

Le travail présenté ici avait pour objectif d’identifier et analyser les innovations adoptées par les habitants pour pouvoir cohabiter avec ces espèces sauvages protégées, dans quatre socioécosystèmes* très différents (les ports et marinas, les plages urbaines, l’écosystème marin côtier, le bassin versant d’un fleuve spécifique) abritant des usages très variés (baignade, surf, pêche, plaisance, promenade, etc.). De cette description seront tirés un certain nombre d’enseignements autour de ce qui est nommé le réensauvagement passif* de milieux anthropisés.

Matériel et méthode

Les matériaux utilisés pour cet article ont été collectés à l’occasion d’un travail de terrain de trois mois en Californie (28 mars 2022 – 9 juillet 2022). Plusieurs sources d’information ont été mobilisées:

– la première est la consultation des journaux locaux (La Jolla Light, San Diego Reader, Daily Breeze, Monterey Herald, Los Angeles Times, San Diego Union Tribune…) et des sites web à partir desquels il est possible de reconstituer l’histoire médiatique du sujet ;

– la seconde est l’observation des interactions entre pinnipèdes* et populations humaines sur le terrain, à San Diego (station de La Jolla) et dans les ports de Newport Beach, Los Angeles (Redondo Beach, Marina del Rey) et San Francisco (Pier 39) ;

– la troisième, et la plus importante, est la réalisation d’entretiens avec les acteurs locaux, complétés par des échanges d’emails (Tableau 1) ;

– la quatrième est la participation à un atelier de travail sur la déprédation* par les pinnipèdes organisé par le NMFS* (National Marine Fisheries Service) de la NOAA* (National Oceanic and Atmospheric Administration), en présence de pêcheurs, les 1er et 2 juin 2022, ainsi que la participation à une réunion de la California Coastal Commission* (CCC) le 8 avril 2022, qui visait à discuter de la fermeture d’une plage pour permettre aux lions de mer de ne pas être dérangés pendant leur période de reproduction.

Sur le plan géographique, le domaine étudié s’étend sur toute la côte californienne, de Crescent City (à la frontière de l’Oregon) à San Diego (à la frontière mexicaine) (Figure 2), à quoi s’ajoute le bassin de la Columbia River (entre les États de l’Oregon et de Washington) du fait de son intérêt pour traiter le sujet des interactions entre populations humaines et pinnipèdes.

 

Figure 2 : sites d’étude des interactions entre pinnipèdes et activités humaines. Source : Harold Levrel

 

Tableau 1 : liste, organisation et activité des personnes interrogées pour cette enquête.

 

Étape 1 : Colonisation des côtes par les pinnipèdes et déstabilisation des socioécosystèmes

La première étape est celle de la déstabilisation de socioécosystèmes* côtiers californiens liée à l’expansion locale des populations de phoques et lions de mer en expansion, source de conflits entre humains et pinnipèdes.

1. L’histoire de l’arrivée des pinnipèdes dans les ports

Dans les ports, ce sont les lions de mer qui posent problème. En effet, leurs capacités physiques et leur comportement sont des atouts décisifs pour coloniser ces territoires très anthropisés. À la différence des phoques et éléphants de mer (phocidés), leurs membres inférieurs leur permettent de marcher à terre et d’escalader des obstacles. Ils sont moins farouches que les autres pinnipèdes*, plus territoriaux et donc plus agressifs si quelqu’un tente de les déloger ou de les toucher. Tout cela fait qu’ils s’installent facilement sur des pontons, ou même sur des bateaux (Figures 3a et 3b).

Figure 3a : Les lions de mer californiens colonisent les bateaux (et les pontons) dans les ports. Crédits : Jon Sullivan (2017).

 

Les lions de mer apprécient les pontons des marinas pour plusieurs raisons. Il n’y a pas de problème de marée, car les ports sont toujours en eau, avec un chenal profond, ce qui leur permet de s’échapper rapidement vers la pleine mer, quelle que soit l’heure, en cas de besoin. On y trouve de la nourriture facilement, car ce sont des zones poissonneuses. Par ailleurs les pêcheurs remettent souvent à l’eau des déchets organiques (viscères de poissons) et les touristes ont la fâcheuse habitude de nourrir ces animaux sauvages. Enfin les pontons offrent des infrastructures très confortables, car ils sont totalement plats. Les spécialistes des pinnipèdes à la NOAA précisent que les lions de mer pourraient se rabattre sur des sites de repos naturel s’ils n’avaient pas accès aux pontons. C’est seulement parce que cela leur coûte moins d’efforts qu’ils s’y installent.

Le premier port où les lions de mer ont fait une apparition en masse est celui de San Francisco, plus précisément au Pier 39. Lors de l’hiver 1990, un premier individu blessé arrive dans le port. Les gestionnaires (harbor masters) en prennent soin. Mais quelques jours et semaines plus tard ce sont des centaines d’individus qui déferlent par vagues et s’installent sur les pontons. Totalement débordés par la situation, les gestionnaires ne peuvent que constater l’occupation croissante de leurs infrastructures. La colonisation est telle qu’après quelques semaines on compte 1400 individus établis au Pier 39 ! Le nombre est ensuite descendu à 300-400, où il s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui.

Figure 3b : Lions de mer entassés sur pontons. Pier 39, Port de San Francisco (crédits Wally Gobetz)

 

Après San Francisco, dans les années 1990, d’autres ports ont été colonisés ou ont vu leurs populations de lions de mer fortement augmenter. Citons Crescent City harbor, Monterey Bay harbor, Moss Landing harbor, Morro Bay harbor, Marina del Rey, King harbor’s marina, Newport Beach harbor, Dana Point harbor, Ocean Side marina.

Tous les responsables de ces ports font rapidement face à une multitude de problèmes. Les pontons ne sont pas faits pour supporter le poids des grands mâles (appelés bulls) qui pèsent entre 350 et 450 kg. Par ailleurs, contrairement aux phoques communs qui restent à distance les uns des autres, les lions de mer de Californie ont tendance à s’entasser, ce qui augmente d’autant la pression sur les infrastructures (Figure 3b). Pire, les animaux montent sur les bateaux et font des dégâts importants (Figure 3c). Tous les gestionnaires de ports ont évoqué des bateaux ayant coulé sous le poids des lions de mer.

Fig. 3c. Lions de mer sur bateau de plaisance; port de Monterrey, 2022. Cliché Steve Gann.

 

À la Port Royal Marina (Los Angeles) une grande barge flottante que les lions de mer avaient colonisée au début des années 2000 coule en 2015 sous l’effet de leur poids, ce qui les amène à s’installer sur tous les pontons du port et crée une situation ingérable du jour au lendemain : ils font peur aux propriétaires, dégradent les bateaux, font couler plusieurs pontons, etc. Les agents du port doivent trouver des solutions dans l’urgence et installer des barrières bricolées un peu partout. Le gestionnaire évoque cet épisode comme l’un des plus compliqués qu’il a eu à appréhender dans sa carrière.

À ces dégradations matérielles s’ajoutent les nuisances olfactives de ces gros animaux friands d’anchois, dont les fèces émettent une odeur pestilentielle. Les aboiements des mâles, qui se querellent toute la nuit, sont d’autres nuisances importantes. Enfin, certains usagers du port ne peuvent tout simplement plus accéder à leurs bateaux du fait de la présence de lions de mer sur les pontons ; le caractère potentiellement agressif de ces derniers n’incite d’ailleurs pas à essayer de les faire partir. On comprend donc que cette colonisation ne soit pas du goût de tous les plaisanciers.

Une conséquence concrète est que les bateaux qui faisaient habituellement halte dans ces ports ne s’y arrêtent plus ; de même, les locataires de pontons se plaignent des nuisances et demandent aux responsables de trouver des solutions, sans quoi ils s’en iront ailleurs.

2. L’histoire de l’arrivée des pinnipèdes sur les plages

Les interactions entre humains et pinnipèdes* sur les plages sont peu nombreuses en Californie. En effet la plupart d’entre elles sont étendues sur plusieurs centaines de mètres et permettent aux pinnipèdes de s’installer à distance des humains. Une exception notable, et très médiatisée, est la situation que vit la station balnéaire de La Jolla depuis la fin des années 1990. Cette ville de 40 000 habitants, située dans l’agglomération de San Diego (1,5 million d’habitants), est une des plus anciennes stations balnéaires de Californie ; elle héberge une population aisée et relativement âgée(4).

Plusieurs plages parsèment le littoral de La Jolla, mais seules six petites plages sont accessibles à pied depuis le centre-ville. Ce sont ces petites plages que les phoques communs, puis les lions de mer de Californie, ont décidé de coloniser petit à petit à partir des années 1990(5).

La première plage où des pinnipèdes s’installent est Children’s Pool – ainsi nommée, car elle est supposée avoir été créée de manière artificielle grâce à une digue construite en 1931 pour protéger les enfants des vagues de l’Océan Pacifique (Figure 4). En 1993, les premiers phoques communs sont observés sur cette plage. Année après année ils sont de plus en plus nombreux(6). En 1998, les premières naissances de bébés phoques sont constatées.

La taille de la population augmente et s’établit à une centaine d’individus au début des années 2010, avec un nombre de naissances annuel estimé entre 35 et 60 sur la période 2013-2018 (Seal Conservancy, 2019). Les phoques communs restant à distance les uns des autres lorsqu’ils sont à terre, il est probable que la capacité d’accueil de cette espèce sur ce site ait été atteinte au début des années 2010.

Figure 4 : La plage de Children’s pool, à la Jolla, colonisée par les phoques communs (mai 2022). Crédits : Harold Levrel

 

Les trois principaux impacts pour les riverains sont la perte d’accès à la plage, la contamination organique de l’eau et l’apparition d’un tourisme de masse (ce qui est un impact positif pour un certain nombre de commerces puisque la consommation augmente localement).

[4] L’âge moyen de la population est 46 ans et le revenu moyen 185000 $ par an (contre 35 ans et 83000 $ pour San Diego dans son ensemble).

[5] Des travaux montrent que des phoques communes étaient présents sur le site au 19ème siècle, mais qu’ils avaient disparu suite à leur sur-exploitation au début du 20ème siècle.

[6] https://sealconservancy.org/timeline/; consulté le 29 août. 

À la fin des années 2000 des lions de mer commencent à apparaître dans le paysage de La Jolla et, en 2013, la première population est recensée à quelques centaines de mètres de la Children’s Pool, à Boomer Beach et à Point La Jolla. Et tout comme cela s’était passé au Pier 39 de San Francisco, ils vont rapidement coloniser le site par vagues successives. Les lions de mer vont aussi faire de ce territoire un espace de reproduction et de nurserie à partir de la fin des années 2010. Une cinquantaine de naissances sont observées à Boomer Beach en 2019. On dénombre entre 120 et 150 individus sur le site en 2021.

Aux problèmes d’accès et de contamination des eaux, similaires à ceux générés par les phoques communs à la Children’s Pool, s’ajoutent les nuisances olfactives(7) et sonores ainsi que le comportement potentiellement agressif de ces mammifères. Les usagers de La Jolla Cove, mais aussi les propriétaires d’habitations et de commerces qui se trouvent à proximité, sont particulièrement touchés par ces nuisances. Sur le plan économique, ce sont les restaurants et les hôtels qui subissent le plus grand préjudice, même si certains parmi eux bénéficient grandement de l’accroissement du tourisme. Avec les vents dominants provenant de la mer, une large zone est impactée par l’odeur nauséabonde des fèces.

Cette situation conduit à faire fuir une partie de la riche clientèle. On trouve de nombreux témoignages dans les journaux. Par exemple, des commerçants expriment les difficultés qu’ils rencontrent du fait de la proximité des lions de mer, comme ce restaurateur soulignant que 20% des clients ne peuvent même pas finir leur repas(8). Un autre exemple largement repris dans les journaux californiens(9) est celui du champion de boxe Floyd Mayweather qui avait loué deux villas et six chambres à l’hôtel de luxe La Valencia et qui, après 15 minutes sur place, décide de repartir à cause de l’odeur des lions de mer. « Ce sont plus de 5000$ par jour et par chambre de recettes qui sont perdus pour l’hôtel La Valencia du fait des odeurs nauséabondes provenant des falaises », rapporte l’auteur de l’article (Los Angeles Times, 28 décembre 2013, traduction H. Levrel).

[7] Soulignons cependant que l’odeur est également due au guano des oiseaux marins tels que les pélicans bruns et les cormorans très abondants sur le site.

[8] Voir l’article en ligne du La Jolla Light du 1er mai 2019 : https://www.lajollalight.com/news/sd-cm-ljl-cove-stench-20190422-story.html

[9] Voir par exemple les articles du 7 novembre 2013 dans le San Diego Union Tribune, du 28 décembre 2013 dans le Los Angeles Times, du 8 janvier 2014 dans le Huffington Post, du 15 janvier 2014 dans le San Diego Reader.

3. L’histoire de la déprédation* en mer

L’histoire des conflits dans le milieu marin côtier concerne les pêcheurs professionnels et récréatifs. Sachant qu’un lion de mer de Californie consomme entre 5% et 8% de son poids en poisson chaque jour – un phoque commun 4% -, ce sont a minima 2 000 tonnes de harengs, anchois, maquereaux, sardines ou encornets qui sont prélevées quotidiennement par cette population, représentant un total de 730 000 tonnes par an (pour 7 kilogrammes par jour et par individu). À titre de comparaison, les pêcheurs californiens ont débarqué 85 000 tonnes de poissons en 2018 (dont 3 000 tonnes pour les pêcheurs récréatifs), soit moins d’un huitième des prises par les lions de mer locaux (NMFS*, 2022). Or la pêche est un secteur économique important pour l’État de Californie, avec 198 millions de dollars de revenus issus de la pêche professionnelle et 295 millions de recette dans le secteur de la pêche récréative en 2018.

Si l’interaction avec les pinnipèdes est particulièrement mal vécue par les pêcheurs, c’est aussi parce que ces mammifères profitent de leur présence pour obtenir de la nourriture plus facilement. En effet les pêcheurs les aident indirectement en concentrant les proies avec leurs engins de pêche (avec les appâts, les filets, etc.). Les professionnels évoquent par ailleurs une concurrence déloyale (« unfair competition »), car ces mammifères n’ont évidemment pas de quotas de pêche à respecter et viennent « voler » les appâts et les prises. Pire, les poissons qui sont remis à l’eau par les professionnels – parce que hors quota, trop petits, ou appartenant à une espèce protégée – sont directement mangés par les pinnipèdes, qui attendent patiemment leur pitance à proximité des bateaux.

La perception des pêcheurs est que les efforts qu’ils consentent, pour respecter les réglementations en faveur du renouvellement des stocks de pêche, ne servent finalement à rien. Enfin, beaucoup de matériel est endommagé, quels que soient les métiers concernés – même si ce sont les fileyeurs* et les ligneurs* qui paient le plus lourd tribut face aux populations de pinnipèdes* en expansion.

Mais les pinnipèdes paient aussi un lourd tribut à ces interactions avec les pêcheurs en étant étranglés dans les filets et en avalant des hameçons qui génèrent un taux de mortalité important parmi les populations de lions de mer et de phoques communs.
Les tensions que cela engendre varient selon les régions. Les ports où les pêcheurs ciblent des stocks de crevettes ou de crabes – tels que Crescent City harbor, au nord de la Californie – ne sont pas trop touchés par la concurrence des pinnipèdes, car les espèces de crustacés visées ne sont pas des proies pour les lions de mer de Californie ou les phoques communs. En revanche, les flottes qui sont spécialisées sur la pêche aux harengs ou aux anchois (basées dans les baies de San Francisco et de Monterrey notamment), voire aux encornets (à Santa Barbara et Los Angeles par exemple), sont beaucoup plus impactées par la concurrence des pinnipèdes.

4. L’histoire de l’arrivée des pinnipèdes dans les rivières

Sur la côte Pacifique, six espèces de salmonidés sont en danger d’extinction locale, dont le saumon royal (Oncorhynchus tshawytscha) et la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss), en particulier dans le bassin versant de la rivière Columbia. La cause principale de la raréfaction de ces salmonidés est débattue, mais, comme souvent en matière de ressources communes, les acteurs s’accusent mutuellement. Surexploitation par les pêcheurs professionnels, surexploitation par les pêcheurs récréatifs, barrages empêchant la circulation des poissons, baisse des niveaux d’eau des rivières liée à l’irrigation des cultures, dégradation de la qualité de l’eau par l’industrie du bois, destruction des habitats aquatiques du fait des constructions et des aménagements et… opportunismes alimentaires des mammifères marins. Bref le sujet est complexe, mais il est toujours confortable d’avoir un responsable non-humain pour catalyser toutes les frustrations des usagers. Les lions de mer jouent parfaitement ce rôle dans l’exemple qui nous intéresse ici – non sans quelques raisons d’ailleurs.

Sous la supervision du NMFS*, les États du Nord-Ouest ont réalisé des efforts importants pour mobiliser les acteurs locaux – tribus indiennes, pêcheurs, entreprises de production d’électricité, agriculteurs – en faveur de la protection et de la restauration de ces populations de salmonidés. Des pêcheries ont été fermées et d’autres soumises à des quotas très stricts pour réhabiliter les stocks de truites et de saumons. Des investissements ont aussi été consentis en matière de lâchers de populations sauvages élevées dans des écloseries. Plusieurs acteurs soulignent que tous ces efforts représentent des centaines de millions de dollars investis annuellement, voire plusieurs milliards si l’on intègre les manques à gagner pour les pêcheurs, les entreprises de production d’énergie et de manière générale tous les usagers des rivières.

C’est dans ce contexte sensible que les lions de mer – de Californie et Steller (Eumetopias jubatus) (NOAA, 2018, 2019) – ont fait leur apparition dans les années 1990 et ruiné partiellement les premiers bénéfices de ces efforts. Mammifères opportunistes et intelligents, les lions de mer ont remonté les cours d’eau et trouvé des barrages naturels ou artificiels formant des goulots d’étranglement pour les salmonidés qui s’y regroupent. Ces sites sont rapidement devenus de véritables garde-manger pour les pinnipèdes. Ce phénomène s’observe particulièrement aux chutes de Willamette, une barrière naturelle à la migration des saumons située à 206 km de l’océan, ainsi qu’au barrage de Bonneville sur la rivière Columbia, distante de 235 km de la côte.

Pour les agents de la NOAA*, observer des mammifères marins « bouloter » des centaines de truites et saumons en quelques heures – alors qu’il leur avait fallu des années de travail pour convaincre les usagers de faire des efforts en matière de restauration des populations sauvages de salmonidés – devait être particulièrement déprimant. Soulignons cependant que le caractère choquant de ces scènes est lié à la concentration des pinnipèdes déprédateurs (de saumons) sur un petit espace. En effet, le nombre de lions de mer recensés sur ces sites est relativement limité : 290 lions de mer de Californie et 130 lions de mer Steller sont comptabilisés en 2020(10). Ramenées à l’échelle de la côte Pacifique, les pressions humaines (anthropiques) diffuses exercées depuis 200 ans sur les populations de salmonidés ont eu vraisemblablement plus d’impacts que la prédation par les lions de mer.

Il n’empêche que cela crée une énorme pression sur les épaules des agents de l’administration en charge de la gestion des populations de salmonidés.

(10) :   https://www.dfw.state.or.us/fish/sealion/index.asp

Conclusion de cette première partie

Pour conclure sur cette première étape, on peut souligner que les quatre types de socioécosystèmes* concernés par l’expansion des pinnipèdes vivent des situations de crise très différentes, impliquant des impacts, des enjeux et des acteurs très hétérogènes (Tableau 2). Ceci explique pourquoi les solutions expérimentées pour sortir des situations de crise vont mener à des trajectoires coévolutives variées.

Tableau 2 : caractéristiques des quatre socioécosystèmes* étudiés et des impacts générés par les pinnipèdes

L’arrivée massive d’animaux sauvages dans des socioécosystèmes* très anthropisés perturbe notablement la structure et le fonctionnement de ces systèmes, et ce d’autant plus s’il s’agit de gros mammifères.

Dans notre cas d’étude, nous avons pu constater que les problèmes générés par la reconstitution des populations de pinnipèdes en Californie sont de nature très variée – dégradation de biens privés, réduction de l’accès à des espaces de loisir, concurrence avec des activités professionnelles, pressions sur des espèces protégées par les humains -, et dépendent très fortement des caractéristiques des socioécosystèmes*.

Ces dynamiques ont impacté les représentations sociales des interactions avec la nature, les formes d’appropriation d’espaces et de ressources partagés, les relations entre populations humaines à propos des non-humains, le renouvellement des conditions matérielles nécessaires au maintien de certaines activités humaines, les routines et les techniques de travail en place. Il en résulte des situations de crise mettant en tension de nombreuses interactions au sein des socioécosystèmes, obligeant de nombreux acteurs humains à sortir de leurs habitudes, à innover et à entrer en négociation.

Dans la seconde partie de ce Regard nous évoquerons comment cette dynamique a conduit à la remise en cause de la gestion de ces espaces par certaines populations (humaines) locales qui voyaient leurs usages menacés, engendrant une forte judiciarisation du rapport entre humains et non humains. Nous nous intéresserons aussi aux transformations enclenchées par ces acteurs, ainsi que l’efficacité relative des solutions adoptées pour surmonter les crises et réorganiser les socioécosystèmes, en vue de s’adapter à ces dynamiques de réensauvagement.

 


Glossaire

California Coastal Commission (CCC) : Agence d’État au sein de l’Agence des ressources naturelles de Californie, qui exerce un contrôle quasi judiciaire sur le foncier et l’accès public tout le long des 1 800 km de côtes de cet État. Sa mission, telle que définie dans le California Coastal Act, est de « protéger, conserver, restaurer et améliorer l’environnement du littoral californien ».

Déprédation : dans un sens général, il s’agit de vol, de dégradation de biens privés ou publics. Dans le cadre des interactions société-nature, ce terme est principalement utilisé dans le domaine de la pêche pour évoquer le prélèvement ou l’endommagement des captures, des appâts et/ou des engins par les prédateurs, notamment les mammifères marins.

Fileyeurs : pêcheurs qui utilisent des filets.

Ligneurs : pêcheurs qui utilisent des lignes avec hameçons.

Marine Mammal Protection Act (MMPA) : loi fédérale adoptée en 1972 aux États-Unis qui interdit la pêche, la chasse, la capture ou le harcèlement de tout mammifère marin ainsi que l’importation, l’exportation et la vente de tout mammifère marin, ou toute partie ou produit de mammifère marin, dans ce pays.

National Marine Fisheries Service (NMFS) : division de l’Agence Américaine d’Observation Océanique et Atmosphérique (NOAA) dédiée à la gestion des ressources marines dans la zone économique exclusive des États-Unis.

National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) : Agence Américaine d’Observation Océanique et Atmosphérique dépendant du Département du Commerce américain. Il s’agit d’une agence publique fédérale ayant pour fonction de délivrer les informations environnementales et socioéconomiques susceptibles d’éclairer les débats et les décisions en matière d’usages et de gestion des milieux marins.

Pinnipèdes : groupe monophylétique (clade) de mammifères marins semi-aquatiques, aux pattes en forme de nageoires, appartenant à l’ordre des Carnivores. Grands prédateurs marins, les pinnipèdes sont composés de trois familles : Odobenidés (morse), Otariidés (lions de mer), Phocidés (les phoques).

• Réensauvagement (d’un écosystème ou d’un habitat anthropisé) : dynamique d’augmentation du nombre d’espèces et d’interactions écologiques (notamment trophiques) dans un écosystème ou habitat précédemment appauvri par les activités humaines (AT).

Réensauvagement actif : réensauvagement lié à la réintroduction volontaire d’espèces, avec pour objectif de restaurer des fonctionnements écologiques (notamment trophiques) spécifiques.

Réensauvagement passif : réensauvagement lié à un retour spontané d’espèces sauvages, du fait de la disparition de certaines activités économiques dans des territoires, ou parce que des mesures visant à réduire les pressions humaines ont été prises.

Socioécosystème : combinaison d’entités sociales et biophysiques (humaines et non-humaines) interagissant à des échelles spatiales, temporelles et organisationnelles déterminées, utilisant et régulant un flux de ressources communes, et engendrant des dynamiques complexes et adaptatives de manière continue.

 


 

Remerciements

Je veux tout d’abord remercier Arielle Levine pour m’avoir aidé à organiser ma venue à la San Diego State University et pour m’avoir accompagné dans mes recherches sur place, Fabien Clouette pour m’avoir mis sur la piste des conflits générés par le retour des phoques à La Jolla et la judiciarisation de ces derniers, Catherine Boemare pour ses nombreux conseils dans l’organisation de ce terrain.

Je tiens à remercier l’Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS pour avoir financé ce projet de recherche dans le cadre du programme « Soutien à la mobilité internationale 2022 », la Chaire comptabilité écologique pour l’aide financière apportée, ainsi que le département de géographie de la San Diego State University pour son accueil et son aide logistique. Merci à AgroParisTech qui m’a offert l’opportunité de bénéficier d’un congé recherche pour réaliser ce travail.

Merci aussi à toutes les personnes qui ont accepté de répondre à mes questions pendant ces semaines d’enquête de terrain.

Merci enfin à Anne Teyssèdre pour les précieuses suggestions et corrections qu’elle a apportées à la version initiale du manuscrit, dont sa proposition de plan pour scinder et publier ce long « Regard » en plusieurs parties. Merci aussi à Sébastien Barot, Carol Toye, Catherine Boemare et Virginie Serrand pour leur relecture et leurs apports à la version initiale du texte.

Bibliographie

Cass, V.L., 1985. Exploitation of California Sea Lions, Zalophus californianus, prior to 1972. Marine Fisheries Review 47, 36–38.

Draheim, M.M., Madden, F., McCarthy, J.-B., Parsons, E.C.M. (Eds.), 2015. Human-wildlife conflict: complexity in the marine environment, First edition. ed. Oxford University Press, Oxford.

IPBES, 2022. Summary for policymakers of the thematic assessment of the sustainable use of wild species of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES). Zenodo. https://doi.org/10.5281/ZENODO.6810036

Konrad, L., Levine, A., 2021. Controversy over beach access restrictions at an urban coastal seal rookery: Exploring the drivers of conflict escalation and endurance at Children’s Pool Beach in La

Jolla, CA. Marine Policy 132, 104659. https://doi.org/10.1016/j.marpol.2021.104659

Laake, J.L., Lowry, M.S., DeLong, R.L., Melin, S.R., Carretta, J.V., 2018. Population growth and status of california sea lions: Status of California Sea Lions. Jour. Wild. Mgmt. 82, 583–595. https://doi.org/10.1002/jwmg.21405

Methorst, J., Arbieu, U., Bonn, A., Böhning-Gaese, K., Müller, T., 2020. Non-material contributions of wildlife to human well-being: a systematic review. Environ. Res. Lett. 15, 093005. https://doi.org/10.1088/1748-9326/ab9927

NMFS, 2022. Fisheries Economics of the United States, 2019. (Tech. Memo. NMFS-F/SPO No. 229). U.S. Dept. of Commerce, NOAA.

NOAA, 2019. STELLER SEA LION (Eumetopias jubatus): Eastern U.S. Stock.

NOAA, 2018. CALIFORNIA SEA LION (Zalophus californianus): U.S. Stock.

NOAA, 2014. HARBOR SEAL (Phoca vitulina richardii): California Stock.

Redpath, S.M., Gutiérrez, R.J., Wood, K.A., Young, J.C. (Eds.), 2015. Conflicts in conservation: navigating towards solutions. Cambridge University Press, Cambridge.

Seal Conservancy, 2019. Average Number of Seal‐Related Calls Per Month to the San Diego Police Department During Pupping Season. URL https://sealconservancy.org/documents/Police_Calls.pdf

Senate Bill, 2009. An act to amend Section 1 of Chapter 937 of the Statutes of 1931, relating to tide and submerged lands.

Regards connexes :

Lebreton J-D., 2013. Biodiversité et dynamique des populations. Regards et débats sur la biodiversité, SFE, Regard R45, avril 2013.

Loeuille N., 2023. Diversité, interactions et sauvetage évolutif. Regards et débats sur la biodiversité, SFE2, Regard R108, mars 2023.

Skandrani Z., 2013. Connais-toi toi-même! Regards et débats sur la biodiversité, SFE, Regard R43, mars 2013.

Et ces Regards consultables par thématique :

—–

Regard R112, édité par Anne Teyssèdre.

——-

Forum de discussion sur ce regard