Contexte scientifique :
L’augmentation des émissions de CO₂ liées aux activités humaines entraîne une acidification et
une désoxygénation des océans, avec des conséquences importantes pour les organismes marins,
notamment les espèces calcifiantes. Dans les zones côtières, ces changements peuvent être accentués
par les apports en nutriments et la forte production biologique. Dans ce contexte, la culture de
macroalgues constitue une stratégie de mitigation prometteuse. Grâce à la photosynthèse, les
macroalgues absorbent le CO₂ dissous et produisent de l’oxygène, pouvant ainsi modifier localement
les conditions physico-chimiques du milieu et atténuer les effets de l’acidification. La co-culture de
macroalgues et de bivalves est déjà pratiquée dans plusieurs régions, notamment en Chine, et des études
ont montré des effets positifs sur la croissance des huîtres élevées à proximité de macroalgues.
Si les effets potentiellement bénéfiques des macroalgues sur les bivalves sont de mieux en mieux
documentés chez le naissain et les adultes, leur impact sur les stades larvaires reste encore peu étudié.
Cette question présente un intérêt particulier pour l’ostréiculture, dont une partie de la production repose
sur le captage naturel des larves d’huîtres. La survie et les performances de développement des larves
conditionnent la quantité et la qualité des jeunes huîtres recrutées. Les premiers stades de vie, encore
mobiles, peuvent répondre différemment à des facteurs environnementaux (pH, oxygène…) que les
stades fixés plus avancés. Mieux comprendre l’effet des macroalgues sur ces premiers stades de vie
pourrait ainsi contribuer à évaluer leur intérêt pour l’ostréiculture et leur rôle potentiel dans l’adaptation
aux changements environnementaux. Par ailleurs, le pH des environnements côtiers ne reste pas constant
au cours de la journée. L’activité photosynthétique des organismes entraîne généralement une
consommation de CO₂ et une augmentation du pH pendant la journée, tandis que la respiration nocturne
produit du CO₂ et contribue à une diminution du pH. Des études menées sur différents bivalves ont
montré que ces fluctuations journalières de pH peuvent influencer les processus de calcification et les
performances des premiers stades de développement.
Ainsi, l’étude des interactions entre macroalgues, fluctuations du pH et développement larvaire
pourrait permettre de mieux comprendre les mécanismes par lesquels les macroalgues sont susceptibles
de limiter localement les effets de l’acidification. L’objectif de cette étude est donc d’apporter de
nouvelles connaissances sur le potentiel des macroalgues à atténuer les effets de l’acidification
océanique au cours des premiers stades de vie de l’huître creuse du Pacifique (Magallana gigas), de la
fécondation jusqu’à la fixation, et d’évaluer les effets de leur présence sur le développement larvaire à
plusieurs niveaux : croissance, développement, microbiote, taux de fixation.
Nous faisons l’hypothèse qu’un pH faible affectera négativement le développement larvaire,
tandis que la présence de macroalgues pourrait atténuer ces effets en modifiant la physico-chimie de
l’eau. Ces hypothèses seront testées en laboratoire, à la station expérimentale Ifremer d’Argenton, sur
des larves exposées à différents niveaux de pH, avec ou sans macroalgues, de la fécondation à la fixation.
Mission du/de la stagiaire :
– Recherche bibliographique : sur la thématique de la co-culture et des effets de mitigation de
l’acidification par les algues
– Participation au montage de la salle expérimentale : préparation des dispositifs
expérimentaux, récupération du modèle biologique
– Conduite des expérimentations : participation à la production de larves d’huîtres, gestion de
la routine expérimentale du larvaire, suivi du développement larvaire (durée prévisionnelle env.
2 à 3 semaines), prélèvement de larves pour des analyses ultérieurs (microbiote). Si le stagiaire
le désire une partie du stage pourra être consacrée à l’extraction/purification de l’ADN des
larves pour des analyses metabarcoding.
– Analyse et interprétation des résultats : traitement des données sous R pour évaluer les effets
du pH et des algues sur le développement larvaire, effet des algues sur la chimie de l’eau de mer
en fonction de période de la journée, remise en perspective dans la bibliographie.
– Restitution et valorisation : rédaction d’un rapport de stage et présentation des travaux à
l’équipe du laboratoire à la fin du stage. Selon le déroulé de l’expérimentation, les résultats
pourront donner lieu à une publication scientifique.
Le stage se déroulera entre mars et début juin 2027 sur une durée de 8 semaines. Les dates précises
peuvent être adaptées en fonction des périodes de disponibilités du ou de la candidat.e retenu.e.
Commentaires récents