Contexte scientifique
Les chênaies hébergent une diversité d’hétérocères (papillons de nuit) particulièrement importante. Seules quelques-uns (essentiellement 5) présentent des phases de pullulation qui peuvent contribuer au dépérissement des arbres. Il est probable que la composition en essences, l’état de santé des arbres, la diversité et l’abondance des autres phyllophages et des prédateurs vertébrés (oiseaux et chauves-souris) affectent la dynamique de ces ravageurs. Nous faisons l’hypothèse que l’abondance des hétérocères ravageurs est moindre dans les peuplements mélangés que dans les chênaies pures, dans les peuplements sains que dépérissant et dans ceux où les autres hétérocères compétiteurs et les prédateurs sont abondants et riches en espèces.
Plus précisément, les hétérocères ravageurs des chênaies s’inscrivent au sein d’un réseau trophique plus large où les régulations top-down et bottom-up façonnent les communautés. Principalement, les différents stades des hétérocères sont sujet à la prédation des vertébrés (e.g. oiseaux, chauve-souris, souris) et des invertébrés (e.g. coléoptères) ainsi qu’aux parasitoïdes (e.g. guêpes Ichneumonidae et Brachonidae) et aux virus/pathogènes. Dans la forêt de Bialowieza (Czeszczewik et al., 2020), les pullulations de rongeurs sont positivement corrélées au réchauffement et à la fréquence des glandées, l’abondance de ces rongeurs étant positivement associée à celle des gobemouches à collier (année en cours) et négativement à celle des chenilles de la Chematobie – Operophtera brumata (année suivante). Pour des chenilles d’Orgyia leucostigma en cage, les oiseaux prédateurs causent plus de mortalité sur grosses larves que les prédateurs invertébrés, les petites larves échappant globalement à la prédation par dispersion (Medina and Barbosa, 2002). Les prédateurs invertébrés consomment les pupes d’O. brumata affectant sa dynamique (Heisswolf et al., 2009) tandis que parmi un assemblage d’ennemis naturels du Bombyx disparate – Lymantria dispar (comprenant des coléoptères et les des guêpes parasitoïdes), les prédateurs naturels généralistes semblent les plus importants (López-Pantoja et al., 2024). Finalement, les chauves-souris consomment moins les hétérocères sensibles à leur fréquence d’écholocalisation, c’est l’hypothèse allotonique (Pavey et al., 2006; Schoeman and Jacobs, 2011). Cette rapide vue de la littérature souligne la complexité des cascades trophiques en jeu dans les régulations des hétérocères et la nécessité d’études plus approfondies sur ces communautés d’insectes nocturnes en lien avec leur environnement.
Depuis un an (2026) et pour encore un an (2027), nous testons notre hypothèse sur le dispositif expérimental OPTMix, en forêt d’Orléans (dispositif étudiant l’influence de la gestion forestière sur différents paramètres de production et de biodiversité) en disposant des pièges lumineux et des pièges acoustiques passifs (AudioMoths) dans des parcelles de chênes et de pins, purs ou en mélange et utilisant l’IA pour identifier les espèces de papillons, d’oiseaux et de chauve-souris. Ce projet s’inscrit dans le cadre du projet SAIN (Suivi des Insectes Nocturnes) financé par l’OFB et dans une thèse étudiant les déterminant biotiques, abiotiques et paysagers des défoliations des chênaies françaises (2025-2028).
Objectifs et missions du stage
Le stage de master 2 se concentre sur l’étude des prédateurs vertébrés (oiseaux et chiroptères) via l’analyse des enregistrements sonores réalisés entre mars et novembre 2026. Plus particulièrement les questions de recherche centrales du stage seraient : (1) la composition en essences des peuplements influence-t-elle les communautés d’oiseaux et de chauve-souris ? (2) quel est le lien entre richesse spécifique, abondance et composition des communautés d’hétérocères et de prédateurs vertébrés ?
Les principales missions du stage seront :
Organiser le terrain : préparation du matériel, mise en place et récupération des pièges lumineux et enregistreurs sonores en forêt d’Orléans (une fois par mois).
Analyser les fichiers sonores via le logiciel EcoSignal qui implémente les modèles d’IA Birdnet et Batdetect2 dans le but de détecter et identifier les espèces d’oiseaux et de chauve-souris.
Analyser les liens entre richesse spécifique, abondance et composition des communautés d’hétérocères et de prédateurs vertébrés.
Plus d’informations: https://jobs.inrae.fr/ot-30641
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