OFFRE DE STAGE M2 — Quantifier et prédire le charisme des mammifères
Laboratoire d’accueil : Station d’Écologie Théorique et Expérimentale (SETE), UAR 2029 CNRS, 09200 Moulis (Ariège)
Encadrement : Nicolas Mouquet (CNRS) et Gladys Barragan-Jason (CNRS)
Durée et période : 6 mois, premier semestre 2027. Gratification selon la réglementation en vigueur.
Mots-clés : charisme, relations humain-nature, macroécologie, sciences participatives, mammifères, phylogénie comparative, écologie fonctionnelle, conservation, R.
CONTEXTE SCIENTIFIQUE
L’attention que les sociétés humaines portent à la biodiversité est profondément inégale, et cette inégalité structure les priorités de recherche et l’adhésion du public aux politiques de conservation. Nos travaux antérieurs sur les poissons de récifs ont montré que la valeur esthétique des espèces et l’intérêt qu’elles suscitent sont largement découplés de leurs priorités de conservation (Langlois et al. 2022 ; Mouquet et al. 2024), un résultat depuis étendu à d’autres groupes taxonomiques (Dapporto et al. 2026).
Nous venons de cartographier cette inégalité pour l’ensemble des mammifères (Mouquet et al., in prep) : l’attention publique et académique est fortement structurée par la phylogénie, dominée par la masse corporelle et la taille de l’aire de répartition, et géographiquement déconnectée des régions les plus riches en espèces. Ces analyses butent toutefois sur une limite majeure : il n’existe aucune mesure quantitative, standardisée et taxonomiquement représentative du charisme des mammifères. Les seules sources disponibles ne couvrent que quelques dizaines d’espèces emblématiques, alors même que le charisme apparaît comme l’un des principaux filtres de l’attention du public.
Le stage vise à produire cette donnée manquante et à l’analyser sur ses dimensions écologiques, évolutives et macroécologiques. Il s’appuie sur la plateforme de sciences participatives biodiful.org, développée par l’équipe, qui permet de déployer rapidement une campagne d’évaluation photographique auprès de plusieurs milliers de participants (campagnes précédentes : https://www.biodiful.org/#/about). Le stage bénéficiera également de l’expertise du laboratoire sur les facteurs psychologiques et sociodémographiques susceptibles d’influencer les réponses des participants (connexion humain-nature, empathie pour les autres qu’humains, dominance écologique ; Barragan-Jason et al. 2022, 2023).
OBJECTIFS DU STAGE
Piloter la campagne : déployer et suivre la campagne « charisme des mammifères » sur biodiful.org (comparaisons par paires d’images), piloter la communication et en assurer le suivi quotidien.
Construire les indices : estimer, pour chacune des 764 espèces du corpus photographique déjà constitué, des scores quantitatifs sur les différentes dimensions du charisme (beauté, empathie / connexion ressentie, volonté de protection), par modèles de classement de type TrueSkill.
Prédire à l’échelle du clade : développer un modèle intégrant les traits des espèces (masse, régime alimentaire, rythme et strate d’activité) et leur phylogénie afin d’extrapoler les indices à l’ensemble des ~5 900 mammifères.
Confronter charisme, attention et conservation : analyser les indices prédits au regard de la répartition géographique, du statut UICN et des métriques d’effort de recherche et d’attention du grand public, afin d’identifier les décalages entre ce qui touche le public et ce qui est menacé ou méconnu.
D’autres pistes pourront être explorées selon les intérêts de l’étudiant·e : structure et corrélation des dimensions du charisme, variabilité des jugements selon les profils sociodémographiques ou psychologiques des participants, prédiction des indices à partir des images par apprentissage profond, focus sur la biophilie ou la connexion humain-nature, etc.
DONNÉES ET OUTILS DISPONIBLES
– Un corpus photographique standardisé : 764 espèces, deux images par espèce, couvrant l’ensemble des familles, les trois grandes classes de statut -UICN et le gradient d’attention publique et académique.
– Les indices d’attention publique et académique pour ~5 900 mammifères (Wikipédia, Flickr, Web of Science, NCBI), les traits fonctionnels (EltonTraits), – la phylogénie et les aires de répartition UICN.
– Les grandes lignes des pipelines d’analyse en R.
– La plateforme biodiful.org opérationnelle.
PROFIL RECHERCHÉ
Master 2 en écologie, biodiversité, évolution ou biologie de la conservation, avec une forte appétence pour les questions à l’interface biodiversité / société et data science.
Très bonne maîtrise de R (manipulation de grands jeux de données, modélisation statistique, production de figures ; pratique de git et de projets reproductibles).
Forte autonomie, rigueur et goût pour l’analyse de données.
Anglais indispensable (lecture de la littérature et éventuellement rédaction).
Des notions de méthodes comparatives phylogénétiques, d’analyse spatiale (sf, terra) ou de statistiques bayésiennes seront appréciées, sans être exigées.
CONDITIONS D’ACCUEIL
Le stage se déroulera à la SETE de Moulis (Ariège), laboratoire du CNRS situé au pied des Pyrénées et réunissant une communauté internationale de chercheurs en écologie et évolution. Un hébergement sur la station est possible à un coût abordable. Le travail est entièrement analytique (pas de terrain). Les résultats ont vocation à être valorisés par une publication scientifique à laquelle le/la stagiaire sera associé·e.
CANDIDATURE
Envoyer un CV, une lettre de motivation précisant l’intérêt pour le sujet et les relevés de notes de M1 à nicolas.mouquet@cnrs.fr. Les candidatures seront examinées au fil de l’eau.
RÉFÉRENCES DES ENCADRANTS
Langlois J., Guilhaumon F., … Mouquet N. (2022). The aesthetic value of reef fishes is globally mismatched to their conservation priorities. PLoS Biology.
Mouquet N., Langlois J., Casajus N., … Mouillot D. (2024). Low human interest for the most at-risk reef fishes worldwide. Science Advances.
Dapporto L., Mouquet N., … Portera M. (2026). Beauty bias in butterfly research and conservation. Current Biology.
Barragan-Jason G., Parmesan C., Singer M., de Mazancourt C. & Loreau M. (2022). Human–nature connectedness as a pathway to sustainability: a global meta-analysis. Conservation Letters.
Barragan-Jason G., Loreau M., de Mazancourt C., Singer M.C. & Parmesan C. (2023). Psychological and physical connections with nature improve both human well-being and nature conservation: a systematic review of meta-analyses. Biological Conservation 277: 109842.
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