Contexte
Dans un contexte d’urgence climatique, les écosystèmes de montagne sont en première ligne. Les aménagements liés aux activités humaines, de tourisme notamment, ont modifié drastiquement le fonctionnement hydrologique des bassins versants. Les chenaux torrentiels sont déstabilisés par les évènements climatiques extrêmes plus fréquents et par les aménagements réalisés en amont, tels que ceux liés aux stations de skis. Il s’agit de développer des démarches de transformation ambitieuse et novatrice de la gestion de la ressource en eau qui s’appuie sur une approche de renaturation et de ralentissement du cycle de l’eau. Un tel sujet contribue à la mise en œuvre des feuilles de route nationales « Ingénierie et Génie
écologiques » (2025). Comparé au génie civil, le génie écologique permet d’assurer les fonctions assignées aux ouvrages pour la protection des biens et des personnes (écoulement, stockage, protection contre l’érosion…), et permet le développement de la biodiversité et des services
écologiques associés (Rauch et al., 2022). L’essor des techniques de génie écologique passe notamment par l’élargissement des critères d’évaluation de la performance des ouvrages, basés sur la fonction qui leur est assignée (gestion des écoulements, de l’érosion…), mais aussi sur des critères
écologiques et sociaux pour évaluer le succès de ces ouvrages en intégrant leurs capacités à héberger la biodiversité et à améliorer le cadre de vie des riverains, à accueillir la vie (Moreau et al., 2022). Il n’y a pas d’opposition entre le génie civil et le génie écologique mais plutôt un continuum dans lequel la part du végétal est croissante. Les techniques de génie civil pur (béton, enrochements, maçonneries) à l’une des extrémités du gradient, à l’autre le génie écologique et ses ouvrages (noues végétalisées, fascines, …). Il existe une large gamme de techniques mixtes associant matériaux minéraux et végétaux (enrochements et maçonneries végétalisés, structures bois…). Si des écoulements torrentiels associés à de fortes pentes peuvent requérir impérativement du génie civil, lorsque les contraintes le permettent, des techniques mixtes ou végétales peuvent être utilisées. Et dans des zones à faibles contraintes, des techniques frugales ou « low tech » permettent de ralentir les écoulements, recharger les eaux souterraines, arrêter l’incision, séquestrer le carbone tout en restaurant les habitats (Eeckman et al., 2024 ; Wheaton et al., 2019). Dans le cadre de l’adaptation des socio-écosystèmes montagnards, des objectifs européens et nationaux, une nouvelle dynamique requière des outils et des méthodes opérationnelles et acceptables par les acteurs du territoire.

Présentation de la Chaire de Génie civil écologique (GCE)
Cette chaire d’enseignement et de recherche vise à conjuguer génie civil et génie écologique pour rendre les projets de construction et d’aménagement plus résilients et acceptables. Elle a été créée en 2023 par l’ESTP et AgroParisTech, avec le soutien de la Fondation ESTP, de la Fondation AgroParisTech, de l’UPGE (Union professionnelle du génie écologique), de VINCI Construction et d’Eiffage. Son urgence : intégrer pleinement les enjeux écologiques et la biodiversité dans les projets de génie civil et d’aménagement. Elle vise à structurer une filière innovante, à la croisée du génie civil et du génie écologique, pour transformer les pratiques face aux effets du changement climatique et à l’érosion du vivant. Elle s’appuie sur les principes du génie écologique afin de restaurer et régénérer les fonctionnalités écologiques et assurer, dans la durée, la pérennité des services écosystémiques dont dépendent les sociétés humaines. La Chaire souhaite participer à une transformation progressive des modèles d’aménagement, conciliant exigences opérationnelles immédiates et évolution vers des modèles économiques et territoriaux compatibles avec le vivant. La Chaire GCE porte plusieurs doctorats dont celui-ci.

Présentation d’EIFFAGE
Le Groupe Eiffage est l’un des leaders européens des concessions et du BTP, opérant à travers cinq métiers : la construction, l’immobilier, le génie civil, l’énergie et les concessions. Il s’appuie sur une expertise et un engagement fort en faveur du développement durable et de l’innovation. Le respect de l’environnement est au cœur de sa stratégie notamment à travers ses trois piliers concrétisés par des stratégies et des plans d’actions : la biodiversité, les ressources et le climat. Eiffage Génie civil, est un acteur majeur dans la réalisation d’infrastructures complexes et d’aménagements de grande envergure, son expertise couvre une vaste gamme de domaines : travaux maritimes et fluviaux, ouvrages d’art, infrastructures de transport, génie civil industriel et environnemental. Conscient des défis liés au changement climatique et à la nécessité de protection et
de restauration des écosystèmes, Eiffage Génie Civil intègre de plus en plus les principes du génie écologique dans ses projets et s’engage dans une démarche d’évolution des pratiques pour concilier performance technique et respect du vivant, s’inscrivant ainsi pleinement dans la dynamique d’une construction plus résiliente et durable.

Projet de thèse
Cette thèse vise à évaluer la place possible des végétaux et du végétal local dans un cadre adaptatif de gestion des eaux de surfaces à l’échelle d’un bassin versant. Plus largement il sera possible d’interroger la place de la biodiversité dans les aménagements depuis le génie civil jusqu’aux techniques « low tech » ou frugales : (i) Evaluer les performances et limites des démarches et ouvrages de génie civil « classique » à la lueur de leur performance hydraulique, mais également du point de vue social et écologique ; (ii) Monter en généralité et de développer une méthodologie rigoureuse d’analyse interdisciplinaire à l’échelle du socio-écosystème, des problématiques et solutions d’ores et déjà proposées/testées (génie civil) afin de proposer des pistes d’améliorations et d’innovations dans l’intégration des performances sociales et écologiques de futures réalisations ; (iii) Suivre et accompagner la mise en place du « Programme de renaturation, ralentissement dynamique et de gestion des eaux sur le versant des Arcs afin de s’adapter aux effets du changement climatique » (Commune de Bourg Saint Maurice, Syndicat de l’Assemblée de Pays Tarentaise-Vanoise, Domaine de montagne ADS), incluant une expérimentation « low tech » de restauration de l’hydrologie de bassins versants. Cette expérimentation permettra de tester en grandeur réelle la méthodologie d’analyse interdisciplinaire développée préalablement.

Cette thèse réalisée dans le cadre de la Chaire GCE est financée par EIFFAGE.

Localisation et encadrement
Le(la) doctorant(e) sera intégré(e) à l’équipe de l’Institut de Recherche de la Construction (IRC) de l’ESTP auprès de la responsable de la Chaire, Hélène Leriche. Son poste sera principalement basé dans le sud-est de la France pour travailler auprès des équipes de recherches (INRAE Grenoble), se déplacer sur le terrain (Les Arcs, Bourg-Saint-Maurice) et auprès de l’équipe EIFFAGE proche de ces terrains. Il/elle ira régulièrement auprès de sa directrice de thèse, Nathalie Frascaria-Lacoste (UMR Ecologie, société et évolution (ESE), 91190 Gif- sur-Yvette). Le(la) doctorant(e) disposera d’un bureau et de l’appui du personnel scientifique et technique du Laboratoire EcoSystèmes et Sociétés (LESSEM) d’INRAE Grenoble.

Cette thèse sera dirigée par Nathalie Frascaria-Lacoste (UMR ESE), co-encadrée par André Evette (INRAE/LESSEM) et Hélène Leriche (Chaire de Génie civil écologique).

Mots-clés
Sciences de l’environnement, biodiversité, écologie, sciences sociales, hydromorphologie, hydrologie, génie écologique, renaturation, changement climatique, adaptation, milieux alpins.

Compétences recherchées :
• Formation en agronomie, sciences du sol, écologie ou génie écologique (Bac + 5), Ingénieur
ou Universitaire ;
• Sensibilité pour la recherche finalisée et appliquée ;
• Connaissances des pratiques du génie écologique, de la restauration socio écologique et de la gestion des écosystèmes ; Goût pour les expérimentations sur le terrain ;
• Connaissances sur la conduite d’entretiens semi-directifs, animations d’ateliers avec les acteurs si possibles ;
• Gout pour les approches trans-disciplinaires intégrant écologie, sociologie, hydrologie et génie civil ;
• Goût pour le travail sur le terrain, rigueur et autonomie

Mail contact pour envoyer votre candidature (CV et lettre de motivation) à hleriche@estp.fr AVANT LE 30 Juin 2026

Bibliographie
• Degoutte, G., 2006. Diagnostic, aménagement et gestion des rivières, Tec et Doc. Lavoisier, Paris.
• Dolman, B., Wilton, H., Arts, O., 2025. Low-Tech Process Based Restoration for Upper Watersheds.
• Eeckman, J., Collin, R., Dalia, N., Schuite, J., Ricard, S., Descollonges, C., 2025. Hydrologie Régénérative : Méthodologie de quantification des impacts pour les sites pilotes. Dynamiques environnementales. Journal international de géosciences et de l’environnement 1–23.
https://doi.org/10.4000/13qss
• Kumar, P., Debele, S.E., Sahani, J., Rawat, N., Marti-Cardona, B., Alfieri, S.M., Basu, B., Basu, A.S., Bowyer, P., Charizopoulos, N., Gallotti, G., Jaakko, J., Leo, L.S., Loupis, M., Menenti, M., Mickovski, S.B., Mun, S.-J., Gonzalez-Ollauri, A., Pfeiffer, J., Pilla, F., Pröll, J., Rutzinger, M., Santo, M.A., Sannigrahi, S., Spyrou, C., Tuomenvirta, H., Zieher, T., 2021. Nature-based solutions efficiency evaluation against natural hazards: Modelling methods, advantages and
limitations. Science of The Total https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2021.147058 Environment 784, 147058.
• Wheaton, J.M., Bennett, S.N., Bouwes, N.W., Maestas, J.D., Shahverdian, S.M., 2019. Low-tech process-based restoration of Riverscapes: Design manual. Utah State University Restoration Consortium.

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