Les forêts françaises continentales s’étendent sur plus de 17 millions d’hectares, couvrant près d’un tiers du pays (IGN 2022). Elles sont soumises à de fortes pressions dues aux conséquences du changement climatique ainsi qu’à des pratiques de gestion qui peuvent être non adaptées (Allen et al. 2015 ; Mäkipää et al. 2023). La régénération forestière permet d’assurer la pérennité des systèmes forestiers et les services écosystémiques associés (Long et al. 2018). Pourtant la régénération forestière par voie sexuée peut être négativement impactée par le type et l’intensité des pratiques de gestion utilisées, notamment le type d’éclaircie (Ladier et al. 2014) ou l’extraction des rémanents au sol. Cependant, la gestion forestière peut offrir un moyen d’adaptation face aux changements climatiques (Lefevre et Colin 2008). Identifier et comprendre les causes des échecs de régénération est essentiel pour définir des pratiques sylvicoles favorisant une régénération réussie et la résilience future des socio-écosystèmes forestiers face au changement global.
Les pratiques de gestions par éclaircie, visant à favoriser l’installation de semis, peut avoir divers impacts, encore peu renseignés, sur les organismes du sol (Anthony et al. 2023 ; Biryol 2024). La biodiversité du sol influence fortement les propriétés physico-chimiques du sol, notamment via sa structuration (Erktan and Scheu 2020), la décomposition de la matière organique (Santonja et al. 2017) et la remise à disposition des nutriments (Bonkowski et al. 2009), jouant alors un rôle clé pour la germination des graines et l’installation des plantules (Forey et al. 2011). Cependant, peu d’études s’intéressent à l’impact des pratiques de gestions forestières, notamment les éclaircies et l’extraction de rémanents, sur ces organismes bien que cela pourrait avoir des effets en cascade importants sur l’efficacité du processus de décomposition des litières et de remise à disposition des nutriments. De plus, la biodiversité du sol n’est pas prise en compte dans l’étude des succès et des échecs de la régénération forestières. Comprendre les réponses de la biodiversité du sol est donc crucial pour une gestion durable dans un contexte de changement climatique.
Cette proposition de stage s’inscrit dans le cadre d’un chapitre de la thèse « Prise en compte de la biodiversité du sol et de ses fonctions pour mieux appréhender les succès et les échecs de la régénération forestière » de Pauline BOMPARD. Cette thèse fait le lien entre les projets REGE-ADAPT « Renouvellement forestier et adaptation des socio-écosystèmes forestiers au changement climatique » du PEPR FORESTT « Résilience des forêts » et BOSFOR « Améliorer les connaissances et techniques de suivi pour la prise en compte de la biodiversité du sol en gestion et modélisation forestière dans un contexte de changement global » du PEPR FORESTT.
L’éclaircie forestière consiste à réduire la densité des arbres et donc le couvert de la strate arborée. Elle induit de ce fait une modification des variables environnementales du sous-bois en particulier la disponibilité lumière, le microclimat et le développement d’une strate herbacée qui peut être très compétitive pour la régénération (cas des graminées). De plus, les rémanents de l’exploitation laissés sur place ou exportés, modifient aussi les propriétés physico-chimiques du sol, la diversité de la faune du sol et donc le fonctionnement du sol avec une influence possible sur le développement de la régénération. Dans ce stage, nous proposons la mise en place d’une expérimentation pour répondre à la question : En conditions contrôlées, la présence d’organismes du sol module t-elle l’impact des pratiques de gestion forestière (ouverture du couvert par l’éclaircie) sur la croissance de plantules de Quercus pubescens et sa compétition avec la strate herbacée ? Cette expérimentation, ayant débuté en mars 2026 pour une durée de six mois, permet de tester l’effet de quatre variables simulant l’influence de deux modes de gestions forestières : l’intensité d’éclaircie (via la variation d’intensité lumineuse), l’exportation de rémanents de coupe (présence/absence de copeaux de bois), la structure de la communauté d’organismes du sol (présence/absence de faune du sol), ainsi que la compétition avec la strate herbacée (présence/absence de fétuque) sur la survie et la croissance de jeunes plants de Q. pubescens. Toutes les variables sont croisées entre elles pour donner un total de 16 modalités à étudier. L’objectif est d’estimer si le type d’éclaircie et l’exportation des rémanents vont amplifier la compétition entre les plantes herbacées et les semis de chêne, et d’évaluer le rôle joué par les microorganismes et la faune du sol dans la modulation de cette compétition et des potentiels effets des modes de gestions indiqués.
Pour ce faire, le ou la stagiaire participera aux analyses des données expérimentales acquises tout au long de l’expérimentation (survie, croissance, émergence et nombre de feuilles, activité photosynthétiques, statut nutritionnel, etc.). De plus, il/elle collectera et analysera les données en fin de manipulation, en fonction de la modalité testée :
– Les caractéristiques des plantules de chêne (survie, hauteur et biomasse aérienne et racinaire, nombre de feuilles et de tige, etc.)
– Les caractéristiques de la strate herbacée (survie, hauteur et biomasse aérienne et racinaire, etc.)
– La communauté d’organismes du sol : faune du sol (mise en berlèse et comptage des individus appartenant à la mésofaune) et communauté microbienne (analyses des biomasses bactériennes et fongiques par technique PLFA)
– Les propriétés physico-chimiques du sol et des copeaux de bois
– Le microclimat via des capteurs de température et d’humidité du sol et de l’air
Ensuite, il/elle participera à l’analyse statistique et à l’interprétation des résultats obtenus, et rédigera un rapport de stage qui pourra contribuer à une valorisation scientifique (communication en congrès international ou article dans une revue scientifique).
Les candidat.e.s intéressé.e.s sont invité.e.s à envoyer un CV et une lettre de motivation aux responsables du stage indiqués au plus tard le 1 mai 2026: Anne BOUSQUET-MELOU (anne.bousquet-melou@imbe.fr), Mathieu SANTONJA (mathieu.santonja@imbe.fr), Pauline BOMPARD (pauline.bompard@imbe.fr)
Les entretiens se feront dans le courant du mois de mai.
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