Sujet de stage de Master 2 / Ecole d’ingénieur

Encadrants
Dr. Benoît Stoll, télédétecteur et géomaticien, UMR241 SECOPOL – UPF
Dr. Jean-Yves Meyer, écologue terrestre et botaniste, UMR241 SECOPOL – UPF
Dr. Simon Ducatez, écologue, UMR 241 SECOPOL – UPF

Dates et lieu
Atoll de Tetiaroa et UMR SECOPOL (Université de la Polynésie française) – stage de 4 à 6 mois entre février et novembre 2026

Résumé
Certains ilots sablonneux d’atoll se déplacent au grès des évènements climatiques extrêmes. Tahuna iti, à Teti’aroa, s’est ainsi déplacé de plus de 200m depuis 1955. Les effets de la dynamique géomorphologique de ces motu (= ilôt) sur les communautés végétales et aviaires sont peu comprises. Ce stage de master 2 recherche/césure ingénieur, à l’interface entre géomatique, botanique et ornithologie, permettra de déterminer comment les communautés d’oiseaux répondent aux changements des communautés végétales façonnés par l’histoire géomorphologique du motu.

Descriptif
Sur les atolls de Polynésie française, certains motu (îlots) peu perturbés par les activités humaines (notamment la cocoteraie) ou isolés (loin des habitations et villages) dénommés « îles aux oiseaux » ou « motu manu » (cas de Rangiroa, Tikehau, Teti’aroa, Tahanea), ont la particularité d’abriter des communautés aviaires importantes et diverses. Ils constituent une attraction écologique importante au catalogue des prestataires touristiques au même titre que leurs pendants maritimes, les « jardins de corail ».
Ces motu ont des caractéristiques géomorphologiques variées : Certains, comme ceux de Tikehau, Rangiroa ou encore Tahanea sont des motu sur « beachrock », souvent très rocailleux, à la fois petits et très accidentés ; donc plutôt des motu difficiles à exploiter ou trop petits pour y planter des cocotiers, loin des autres motu et donc protégés des arrivées de rats.
D’autres sont des « tahuna », des motu sablonneux qui ont la particularité de se déplacer au fil du temps par l’action des évènements climatiques extrêmes (fortes houles, cyclones). Le motu Tahuna iti à Teti’aroa a, de plus, la particularité d’avoir toujours été exempt de rats, de n’avoir été soumis à aucune pression anthropique comme la plantation de cocoteraies, on peut donc le considérer comme un parfait exemple de « tahuna » vierge.
Cette première étude pilote cherche à démontrer quels sont les processus qui ont engendré la biodiversité aviaire remarquable des « îles aux oiseaux » et en particulier sur le motu Tahuna iti de Teti’aroa.
Ce motu s’est déplacé de plus de 200m depuis 1955. Les conséquences de la dynamique géomorphologique de ce motu sur la dynamique des communautés végétales, et par conséquent, sur les communautés d’oiseaux marins, est cependant peu comprise.
Ce stage, à l’interface entre géomatique, botanique et ornithologie, permettra de déterminer comment les communautés d’oiseaux marins répondent aux changements de communautés végétales engendrées par l’histoire géomorphologique du motu.
Il permettra, avec une meilleure compréhension des processus sous-jacents, de mieux caractériser, localiser et préserver ces motu d’une importance considérable pour le secteur touristique mais surtout pour la biodiversité des atolls de Polynésie française.
Il est une occasion unique d’étudier les processus qui ont fait de Tahuna iti un « motu manu » et de démontrer que la géomorphologie changeante de ce motu est pour beaucoup à l’origine de la grande diversité des communautés aviaires qu’on y trouve. Pour mener à bien nos objectifs scientifiques, une approche multidisciplinaire est indispensable pour étudier le lien entre l’histoire géomorphologique et les différentes populations végétales et aviaires.

Compétences requises
Le stagiaire devra avoir des compétences en écologie végétale et animale, en géomatique et en statistiques environnementales. Il devra avoir une capacité à conduire des missions de terrain en toute autonomie et effectuer des relevés sur la végétation et les communautés aviaires.

Financement et conditions de stage
Le stagiaire sera défrayé au taux légal (4,36 euros/heure – base 35h hebdomadaire).
Le billet d’avion France-Polynésie française et l’hébergement sur Tahiti ne sont pas pris en charge.
Missions terrains : 8 semaines (respectivement 2, 3 et 3 semaines) sur l’atoll de Tetiaroa. L’hébergement à l’écostation et les frais de bouche sur Tetiaroa sont pris en charge par notre partenaire sur place, la Tetiaroa Society.

Le reste du temps le stagiaire sera accueilli à l’université de la Polynésie française dans les locaux de l’UMR241 SECOPOL.
Dates limites de candidature
La date limite est fixée au 5 janvier 2025.
Envoyer CV + lettre de motivation à benoit.stoll@upf.pf, jean-yves.meyer@administration.gov.pf, simon.ducatez@ird.fr. Indiquer les dates de stage souhaitées.

Détails du projet de stage
L’atoll de Tetiaroa comporte 12 motus (îlots sableux d’origine corallienne) couverts de végétation naturelle (espèces indigènes ou « natives ») ou modifiée par l’homme (cocoteraies par exemple). Certains motus montrent une stabilité depuis 1955 tandis que deux motu situés dans une zone de bancs de sable au sud-est de l’atoll sont sujets à un changement important de leur trait de côte avec réduction de la surface et/ou déplacement : le motu Tahuna rahi a ainsi perdu l’essentiel de sa surface depuis 1955 et est probablement amené à disparaitre lors d’un prochain évènement climatique extrême (houle, cyclone) alors que le motu Tahuna iti a une surface relativement stable mais l’observation du centroïde du motu montre un déplacement en direction de Rimatu’u. La fusion avec celui-ci a commencé en 2024 (Stoll et al. 2025) et une dislocation du motu en deux parties a été observée en 2025.

Un traitement géomatique utilisant une série temporelle de photographies aériennes anciennes et d’images satellites récentes (B. Stoll, données non publiées) montre un gradient d’ancienneté de la zone végétalisée du motu. Ainsi, il serait possible de caractériser les communautés végétales (plantes à fleurs et fougères) et aviaires en fonction de l’âge de la zone, c’est-à-dire de les dater, une opportunité rare pour comprendre la dynamique de la végétation et les processus de succession végétale au cours du temps.

Les hypothèses scientifiques que nous souhaitons tester sont :
• Le déplacement continu du motu Tahuna iti a créé un « gradient de végétation », que ce soit en termes de composition en espèces que de physionomie ou structure (densité et hauteur des plantes ligneuses) ;
• Les zones les plus anciennes abritent une végétation plus riche en espèces et avec des arbres plus gros (en diamètre) et plus grands (en hauteur) et celles plus récentes une végétation d’espèces pionnières, notamment des arbustes ou des herbacées.
• Le gradient de végétation engendre un gradient d’habitats diversifiés, chacun occupé par des communautés d’oiseaux marins nicheurs différentes. Cette biodiversité étant maintenue par le déplacement du motu qui maintient le gradient de végétation et les processus de colonisation-extinctions.
• La partie ancienne des « motus instables » (ex. Tahuna iti) abrite la même biodiversité que les « motus stables » (ex. Tauvini). Cette hypothèse pourra être étudiée si des relevés terrains sont possibles sur Tauvini.

Le stagiaire devra tester les hypothèses de recherche en effectuant des relevés terrains dans chaque zone identifiée sur la carte de l’ancienneté de la zone végétalisée, dans des placettes circulaires de 10 m de diamètre. 23 sites d’échantillonnages repérés sur le terrain existent déjà, Simon Ducatez et Jayna Devore y effectuent des relevés réguliers. Les données historiques seront transmises au stagiaire pour analyse conjointe avec les données relevées en 2026. Le nombre de sites d’échantillonnages/placettes sera monté à 50 (10 par classe d’ancienneté) en choisissant leur emplacement soit en suivant un (ou deux) transect longitudinal soit de façon aléatoire dans les différentes zones d’ancienneté pour couvrir le maximum de terrain.
Les nouveaux sites d’échantillonnages seront repérés de façon pérenne (matérialisés par un piquet métallique au centre de chaque placette) afin de pouvoir suivre ces placettes dans le temps long.

Dans chaque parcelle, le nombre d’espèces végétales sera recensé (et chaque espèce identifiée), ainsi que le nombre de tiges d’espèces ligneuses (arbustes et arbres), leur DBH (diamètre à hauteur de poitrine) sera mesuré afin de calculer la surface terrière (Basal Area), la hauteur moyenne des arbustes et arbres sera estimée, et l’indice d’abondance-dominance de Braun-Blanquet (en % de recouvrement au sol) des espèces herbacées sera estimé; pour les oiseaux, il s’agira de compter le nombre d’individus de chaque espèce présent au sein de chaque placette, déterminant également si la placette est utilisée comme site de nidification (adulte au nid, œuf, poussin) et/ou de repos. Deux comptages seront réalisés sur l’ensemble des placettes pour les oiseaux (en début et milieu de stage), leurs effectifs variant significativement dans le temps.

Des analyses statistiques seront réalisées pour tester les hypothèses scientifiques et un rapport de stage sera sera rédigé avec l’aide des co-encadrants. Ce stage comportera un volet terrain sur l’atoll de Tetiaroa sur le motu Tahuna iti et possiblement sur le motu Tauvini, selon l’avancée des relevés terrain, ainsi qu’un volet analyse/rédaction au laboratoire à l’Université de la Polynésie française (UMR SECOPOL).

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement. Un email de contact est disponible: benoit.stoll@upf.pf; simon.ducatez@ird.fr; jean-yves.meyer@administration.gov.pf

Pour toute autre question, vous pouvez contacter sfecodiff@sfecologie.org.