Offre de stage de niveau Master 2

Stage MéMoli :
« Mémoires des mobilisations par et pour le littoral et la mer : enjeux de conservation, collecte et publication ouverte d’un catalogue d’archives populaires sur les luttes environnementales historiques en Bretagne »

Contexte
En France, les mobilisations environnementales liées au littoral et à la mer prennent historiquement racine dans des mouvements de protestation contre l’urbanisation rapide des côtes dans les années 1970 et 1980, notamment à des fins d’aménagement touristique (Levain, 2014). Elles sont également issues des mouvements d’indignation ayant fait suite aux grands épisodes de marée noire (Itçaina & Weisbein, 2011 ; Bouteloup, 2015). Des bouleversements écologiques et sociétaux vécus à plusieurs reprises sur le littoral breton dans la seconde moitié du XXème siècle (marées noires, remembrement, effets des pollutions terrigènes, extractions minières…) ont fait émerger une constellation de groupes contestataires hétérogènes, léguant pour une part une structuration d’associations environnementalistes de long terme comme Eau et Rivières de Bretagne ou Bretagne Vivante (Kernalegen, 2014). Plus récemment, l’expression des revendications et des préoccupations environnementales s’articule autour des effets des pollutions terrigènes sur les écosystèmes (Levain et al. 2021), de la qualité de l’eau et dela santé humaine (Weisbein, 2016), des conséquences de l’artificialisation et du sur-tourisme littoral surl’accès au logement des plus modestes (Deldrève, 2011 ; Desse et al. 2024), sur la viabilité des petites pêcheries (Clouette, 2019). Ces luttes environnementales se déploient de plus en plus sur l’interface littorale, devenue un front écologique de premier plan (Levain, 2020), et se manifestent par une densité d’actions dans des formes très diverses : des programmes de sciences participatives et citoyennes (Objectif Plancton d’Océanopolis, association Astrolab Expédition), création d’espaces de réflexion et d’expression politique (le Contre-sommet « les Soulèvements de la mer » en février 2022 à Brest), des propositions d’embarquements dans des conditions très précises (l’Eco-voyage d’Arvik de l’association Arvik Océan en 2018, l’expédition DeepLife de l’association Under The Pole). Cohabitent ainsi dans le paysage des mobilisations environnementales contemporaines pour la protection et la défense du littoral et de l’océan des structures, des acteur.rices et des répertoires d’action très hétérogènes dont les récits participant à la construction de leur engagement militant se structurent autour d’une mémoire collective liée à certains conflits environnementaux marquants (Kernalegen, 2006 ; Ambroise-Rendu, Vrignon et al. 2021). Ces travaux relèvent l’importance de cette mémoire symbolique et de son réinvestissement dans la construction d’une conscience environnementale. Des références historiques qui pourtant ne sont pas systématiquement identifiées dans les trajectoires militantes (Dondeyne et Levain, 2021), ni nécessairement évoquées dans l’expression de revendications ou de préoccupations environnementales, que ce soit à titre de comparaison, de continuité et de mémoire (Fortun, 2023). Bien que l’observation rétrospective et l’approche longitudinale des luttes environnementales donnent à voir une réactivation de certaines logiques structurelles, institutionnelles, imaginaires, dominantes (Martinez – Alier, 2002 ; Tsing, 2020 ; Attas, 2021), les effets de variations propres à la dynamique spatio-temporelle dans laquelle elles s’inscrivent conduisent à se questionner sur le processus de circulation de cette mémoire : qui en sont les détenteur.es ? Comment est-elle transmise ? Quelles sont les articulations entre les luttes passées et actuelles ? et ses enjeux de conservation : Comment est-elle conservée ? Dans quelles conditions ? Quelle place occupe cette conservation dans l’histoire environnementale d’un territoire, de ses usages et de ses représentations ? Ces questionnements ont donné lieu à une rencontre organisée dans le cadre du projet de recherche collaboratif Assembler des océans en octobre 2023. Intitulée « Mémoires des luttes », cette rencontre s’est déroulée autour de deux notions : la mémoire environnementale des milieux côtiers et la mémoire collective des formes de résistances. Trois militant.es ayant vécu deux mobilisations environnementales historiques en Bretagne (la protestation contre l’installation d’une centrale nucléaire à Plogoff entre 1978 et 1981 et la marée noire sur la côte nord finistérienne suite au naufrage du pétrolier l’Amoco Cadiz en 1978), ont été invités à échanger avec des jeunes militant.es d’associations finistériennes récentes (Arvik Océan, Sailing Hirondelle, Le bruit du vent) et d’antennes locales d’ONG internationales (antenne brestoise de Surfrider et de Greenpeace). Les retours de cet échange invitent à considérer la mémoire des luttes passées comme une ressource précieuse pour la nouvelle génération de militant.es et à formuler un enjeu de conservation de ces traces de résistances passées, dont la continuité avec les résistances actuelles et les spécificités méritent d’être interrogées en ce qui concerne :
– La transformation des usages et des représentations des espaces littoraux et maritimes suite à des luttes environnementales ayant marqué un tournant dans l’histoire d’un territoire (interdiction de certains projets, mise en place d’actions de conservation ou de restauration d’espaces naturels…) ;
– La formalisation de fronts écologiques inscrits dans une histoire des problèmes environnementaux de longue durée, marquée par des schémas récurrents, des réactivations en période de crise, mais aussi des variations et des transformations (extraction de sable, pollutions terrigènes, pêche industrielle, etc.) ;
– La reconfiguration des répertoires d’action, des stratégies, des discours, des imaginaires et des productions visuelles et audio des collectifs engagés en fonction des ruptures et des continuités avec les mobilisations passées.

Objectifs et missions principales
Le stage MéMoLi vise à poursuivre les questionnements de la rencontre Mémoire des luttes autour des enjeux de conservation des récits de luttes passées liées aux espaces littoraux et maritimes. Il constitue l’occasion de mener une collecte en mobilisant comme matériau empirique des documents d’archives audiovisuelles (tracts, affiches, objets, coupures de journaux, photographies, documentaires etc.) produits par des collectifs de militant.es engagé.es dans des mobilisations environnementales marquantes en Bretagne et de réaliser un travail de caractérisation et de catalogage de ces archives afin de les publier dans un outil d’archivage public. Une enquête de terrain de deux mois sera menée principalement pour collecter des documents audiovisuels (tracts, affiches, documentaires, extraits d’enregistrement) produits par des collectifs de citoyen.nes engagé.es dans des luttes environnementales historiques en Bretagne. L’enquête sera conduite à partir des ressources issues de l’atelier Mémoire des Luttes (archives collectées à l’occasion, participant.es à remobiliser) et élargie à la collecte d’archives issues de références à d’autres mobilisations historiques en Bretagne. Une attention particulière sera consacrée à comprendre la façon dont ces archives sont remobilisées à travers des modes de transmission actuels (ouvrages, documentaires, expositions photographiques…) et dont ces récits passés s’articulent, ou non, avec des mobilisations plus récentes (répertoire d’action, visuels, outils numériques). A la suite de cette enquête, le corpus d’archive fera l’objet d’un travail de caractérisation par types de
données (audios : vidéos, extraits d’entretien, documentaire ; visuelles : affiches, tracts, photographies et autres : objets) et de description du matériau (métadonnées, mots-clés) selon les standards Dublin Core. Une stratégie d’archivage (pour qui, pour quoi et comment) sera élaborée afin de constituer une méthodologie appropriée à la publication en ligne des archives. L’outil de publication du futur catalogue sera déterminé avec l’appui du Pôle Obs (Observations, données et méthodes) d’AMURE et du Data Lab de la MSHB. Le ou la stagiaire bénéficiera de l’accompagnement d’une équipe scientifique élargie et pluridisciplinaire en sciences sociales, réunissant des expertises complémentaires en géographie sociale des littoraux et en anthropologie maritime, pour aborder les enjeux et les tensions sur ces territoires littoraux et marins à travers des approches croisées : spatiales, rétrospectives, relationnelles, vécues et symboliques des expériences de mobilisation (AMURE/EMR POSSEA – LEMAR – LETG -LADYSS).

Activités
– Le ou la stagiaire réalisera une vingtaine d’entretiens semi-dirigés auprès de militant.es de longue date, participant.es à des mobilisations environnementales historiques en Bretagne, de jeunes militant.es environnementalistes et des professionnel.les de l’archivage le cas échéant ;
– I.elle collectera auprès des personnes interrogées, dans des archives privées et des archives publiques des tracts, des affiches, des photographies, des documentaires et d’autres artefacts issus de la production des collectifs militants anciens, pour constituer un corpus d’archives ;
– I.elle produira une caractérisation de ces documents (types de données et description) et un système d’archivage par séries selon les standards DublinCore ;
– I.elle constituera une stratégie de publication en fonction des enjeux de conservation relevés pendant l’enquête et procèdera à la publication du catalogue accompagné de son appareil critique sur un outil d’archivage public (par exemple le système d’entrepôt de données scientifiques Nakala proposé par l’infrastructure TGIR Huma-Num).
– Les résultats de l’enquête seront présentés sous la forme d’un rapport de recherche, proposant une lecture problématisée au regard des formes contemporaines de l’engagement par et pour les milieux marins.
– Le ou la stagiaire participera à des temps d’échange et de présentation de son travail avec le collectif de recherche Assembler des Océans (Ass’Oc) et au sein de l’Institut Universitaire Européen de la Mer (IUEM).

Moyens mis à disposition du stagiaire :
– Matériel de captation sonore et visuelle
– Ordinateur et prise en charge des frais de déplacements pour le travail de terrain.

Diplôme :
Etudiant.e en Master 2 en sciences humaines et sociales (sociologie, anthropologie, histoire), en Sciences de l’information et de la communication ou issu d’un Master interdisciplinaire en études environnementales incluant une formation et/ou une expérience d’enquête qualitative, en analyse
documentaire ou en travail sur archives.

Lieu du stage : IUEM/AMURE Rue Dumont D’Urville 29280 à Plouzané

Durée du stage : 6 mois

Indemnités : 624 Euros par mois + frais de mission pour le travail de terrain

Contacts :
Lucie Fortun (CNRS – Ladyss/AMURE) – Plouzané / lucie.fortun@univ-brest.fr/ tél : 02 90 91 56 35
Alix Levain (CNRS – EMR POSSEA) – Plouzané / alix.levain@univ-brest.fr/ tél : 02 90 91 56 25

Modalités de candidature :
Les candidatures incluent : un CV, une lettre de motivation, ainsi qu’un écrit développé et sont à adresser aux deux adresses mail contact avant le 30 novembre 2025. La sélection des candidatures se fera en deux temps : examen du dossier et entretien avant la fin d’année 2025

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement. Un email de contact est disponible: lucie.fortun@univ-brest.fr

Pour toute autre question, vous pouvez contacter sfecodiff@sfecologie.org.