Comparer les suivis GPS et les pièges photographiques pour mieux comprendre l’utilisation de l’habitat par les ongulés de montagne
1) Contexte et problématique du stage
Les suivis de la faune sauvage par GPS et par pièges photographiques constituent aujourd’hui deux piliers importants pour étudier l’utilisation de l’espace par la faune sauvage. Chacune de ces approches offre des atouts méthodologiques distincts, mais également des limites analytiques qu’il est essentiel de comprendre et de quantifier pour améliorer la robustesse des modèles spatiaux (Hebblewhite & Haydon 2010, Burton et al. 2015).
Les données GPS permettent d’obtenir des trajectoires précises à l’échelle individuelle. Elles sont particulièrement performantes pour étudier la sélection d’habitat ou encore analyser des phénomènes comme la « vague verte » (c’est-à-dire la synchronisation des déplacements avec la phénologie printanière des végétaux ; Bischof et al. 2012). Toutefois, ces suivis nécessitent la capture et l’équipement d’individus, limitant souvent les effectifs suivis et la représentativité des échantillons à l’échelle de la population.
À l’inverse, les pièges photographiques (PP) offrent une méthode non invasive permettant de collecter des données sur la présence, l’activité ou d’estimer des indices de densité d’une grande diversité d’espèces (Rowcliffe et al. 2008). Ces outils sont souvent utilisés pour estimer l’occupation du milieu par les espèces d’intérêt, avec des coûts humains limités une fois le réseau de PP installé. Néanmoins, leur nature ponctuelle et fixe restreint l’échelle spatiale d’analyse, rendant difficile l’estimation directe de la dynamique de déplacement individuel. De plus, la détection dépend fortement du placement et réglage des caméras et de la structure du paysage (Hofmeester et al. 2019).
Dans le contexte du changement climatique et des transformations rapides que connaissent les milieux supra-forestiers (e.g. évolution de la végétation, modification des activités humaines), les outils permettant de suivre de manière fine les espèces emblématiques de montagne, comme les ongulés sauvages, revêtent une importance cruciale. La combinaison ou la comparaison directe entre les deux méthodes représente donc un enjeu clé pour ces suivis.
Dans le cadre du projet HerbiLand porté par le CREA Mont-Blanc et mené en partenariats technique et scientifique avec le LECA et l’OFB, qui vise à mieux comprendre la dynamique spatio-temporelle des ongulés en milieu supra-forestier, ce stage explorera les différences, les biais et avantages de chaque méthode, ainsi que leur complémentarité éventuelle.
2) Objectif du stage
Le stage vise à évaluer les biais et les complémentarités des suivis GPS et par pièges photographiques pour la description de l’utilisation de l’habitat chez les ongulés de montagne, en comparant les métriques d’utilisation de l’espace issues des deux méthodes (e.g. Bassing et al. 2022, Donini et al. 2025, Wolfson et al. 2023). Le stage repose sur des jeux de données réels sur plusieurs espèces d’ongulés sauvages (chamois, bouquetin, cerf) dans plusieurs massifs des Alpes (Mont-Blanc, Belledonne et Bauges).
3) Déroulement du stage
Le stage se déroulera en plusieurs étapes :
– Revue bibliographique sur les méthodes de suivi par GPS et pièges photographiques
– Analyse de jeux de données réelles de suivis GPS et PP sur un même territoire
– Analyses statistiques et spatiales : (1) traitement des données GPS (RSF), (2) traitement des données pièges photographiques (modèles d’occupancy), (3) Comparaison des deux méthodes sur des métriques communes
– Rédaction d’un rapport et valorisation des résultats (présentation des résultats aux partenaires du projet HerbiLand, contribution possible à une publication post-stage si les résultats le permettent).
Une participation ponctuelle à des missions de terrain pourra être envisagée si le ou la stagiaire le souhaite.
4) Profil recherché
Formation : Master 2 en écologie ou école d’ingénieur équivalente.
Compétences attendues :
– Maîtrise de l’analyse de données sous R,
– Intérêt pour l’écologie de la faune sauvage et la modélisation spatiale,
– Autonomie, rigueur scientifique et capacité de synthèse,
– Compétences appréciées : notions en modélisation de données GPS, familiarité avec les pièges photographiques et analyses associées.
5) Informations pratiques
Durée et période : 6 mois, début souhaité en juin 2026.
Lieu : CREA Mont-Blanc, Chamonix Mont-Blanc (74).
Indemnité mensuelle : selon la réglementation en vigueur.
Encadrement scientifique : Agathe Chassagneux (achassagneux@creamontblanc.org) et Laura Touzot (ltouzot@creamontblanc.org).
6) Modalités de candidature
Envoyer CV et lettre de motivation à achassagneux@creamontblanc.org et ltouzot@creamontblanc.org précisant l’intitulé du stage : “Comparaison des suivis GPS et pièges photographiques – projet HerbiLand”.
Les candidatures seront examinées et entretiens réalisés au fil de l’eau jusqu’au jeudi 30 avril 2026.
Document de l’offre à retrouver au lien suivant : https://drive.google.com/file/d/1ytFItifQ9mWfIcK5xart_btCaciCT82Q/view?usp=drive_link
Équipes scientifique et technique
Le projet HerbiLand est mené par le CREA Mont-Blanc en partenariats technique et opérationnel avec l’OFB Office Français de la Biodiversité et le Laboratoire d’Écologie Alpine CNRS-LECA.
Financements
Le projet HerbiLand est un projet du programme régional FEDER Massif des Alpes 2021-2027 cofinancé par l’Union européenne, avec le concours de la Région Provence-Alpes-Côte- d’Azur et de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, et également cofinancé par la Fondation Alpes Sauvages et la Fondation Crédit Mutuel.
Références
Bassing, S. B., DeVivo, M., Ganz, T. R., Kertson, B. N., Prugh, L. R., Roussin, T., … & Gardner, B. (2023). Are we telling the same story? Comparing inferences made from camera trap and telemetry data for wildlife monitoring. Ecological Applications, 33(1), e2745.
Bischof, R., Loe, L. E., Meisingset, E. L., Zimmermann, B., Van Moorter, B., & Mysterud, A. (2012). A migratory northern ungulate in the pursuit of spring: jumping or surfing the green wave?. The American Naturalist, 180(4), 407-424.
Burton, A. C., Neilson, E., Moreira, D., Ladle, A., Steenweg, R., Fisher, J. T., … & Boutin, S. (2015). Wildlife camera trapping: a review and recommendations for linking surveys to ecological processes. Journal of applied ecology, 52(3), 675-685.
Donini, V., Pedrotti, L., Ferretti, F., Iacona, E., Lorenzetti, L., Nelli, L., … & Corlatti, L. (2025). Can camera traps predict habitat-species associations? A comparison with GPS-based habitat selection in red deer. Landscape Ecology, 40(2), 38.
Hebblewhite, M., & Haydon, D. T. (2010). Distinguishing technology from biology: a critical review of the use of GPS telemetry data in ecology. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 365(1550), 2303-2312.
Hofmeester, T. R., Cromsigt, J. P., Odden, J., Andrén, H., Kindberg, J., & Linnell, J. D. (2019). Framing pictures: A conceptual framework to identify and correct for biases in detection probability of camera traps enabling multi-species comparison. Ecology and Evolution, 9(4), 2320-2336.
Rowcliwe, J. M., Field, J., Turvey, S. T., & Carbone, C. (2008). Estimating animal density using camera traps without the need for individual recognition. Journal of Applied Ecology, 1228-1236.
Wolfson, D. W., Schlichting, P. E., Boughton, R. K., Miller, R. S., VerCauteren, K. C., & Lewis, J. S. (2023). Comparison of daily activity patterns across seasons using GPS telemetry and camera trap data for a widespread mammal. Ecosphere, 14(12), e4728.
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