**« De l’expérience de nature aux contraintes pratiques : la pratique du potager est-elle un levier pour la conservation de la biodiversité en ville ? »**

Descriptif du sujet :
Les jardins privés constituent une composante majeure de la trame verte urbaine, avec une contribution à la biodiversité qui dépend fortement des pratiques des jardiniers (Varga-Szilay et al. 2024). Parmi ces espaces, les jardins potagers domestiques occupent une position particulière à l’interface entre production alimentaire et biodiversité, mais restent beaucoup moins étudiés que les jardins d’ornement. Dans les pays du Nord, l’auto-production alimentaire à domicile repose sur un faisceau de motivations comme la qualité des produits, faire des économies, le plaisir du jardinage, la transmission familiale, ou encore des préoccupations environnementales (Goodfellow et al. 2022) ; cependant on manque encore de données représentatives à l’échelle nationale sur la prévalence et les caractéristiques des potagers domestiques, ainsi que sur les difficultés qui conduisent certains ménages à les abandonner (Vávra et al., 2018).
Parallèlement, la littérature met en avant le rôle des jardins comme lieux de contact quotidien avec le vivant dans un contexte de “déconnexion” croissante à la nature chez les urbains (Miller, 2005). Il a été montré que la connexion à la nature favorise l’adoption de pratiques bénéfiques à la biodiversité (Norton, 2025), et des résultats récents suggèrent que les ménages disposant d’un potager valorisent davantage la biodiversité de leur jardin et se disent plus engagés vis-à-vis de la nature (Collard et al., 2026). La direction causale dominante de cette association entre connexion à la nature et jardin potager reste cependant non établie et serait pertinente à explorer s’il l’on veut établir si la pratique du potager peut être un levier pour la conservation de la biodiversité dans les jardins.
En France, ces enjeux s’inscrivent également dans le contexte de l’interdiction des pesticides de synthèse pour les particuliers depuis 2019, qui oblige les jardiniers à modifier leurs stratégies de gestion des ravageurs (loi Labbé, modifiée par la Loi de transition énergétique, art 68). Les conséquences de cette transition sur la biodiversité des jardins, les services de régulation, la réussite des cultures et le vécu du jardinage demeurent largement inconnues.

Méthode :
– Axe 1 : Comprendre les motivations et difficultés des jardiniers pour le potager et son impact sur l’engagement pour la nature des jardiniers: une enquête nationale en ligne auprès de 2 000 foyers ayant un jardin attenant, afin d’estimer la fréquence des potagers, de décrire leurs caractéristiques (surface, cultures, rendements, problèmes rencontrés), de comprendre les motivations et difficultés des jardiniers (notamment les raisons d’abandon) et de mesurer l’engagement dans le jardinage et la connexion à la nature. À l’aide d’analyses de cheminement, nous testerons également quel sens de causalité entre connexion à la nature et pratique du potager est le mieux soutenu par les données.
– Axe 2 : Identifier les obstacles et les conditions de conciliation entre biodiversité et réussite des potagers dans un contexte sans pesticides de synthèse : Un panel local de 50 jardiniers (25 novices, 25 expérimentés) de la zone Saclay–vallée de l’Yvette sera suivi sur deux saisons de culture pour mesurer la structure des jardins, certains éléments de biodiversité (flore et arthropodes), la pression de ravageurs, des indicateurs simples de service de régulation et les récoltes, en parallèle d’entretiens et de questionnaires sur les motivations et la relation à la nature. La comparaison entre jardins novices et expérimentés permettra d’identifier les obstacles des débuts susceptibles de conduire à l’échec, ainsi que les pratiques permettant aux jardiniers expérimentés de mieux concilier production, biodiversité et expérience positive de la nature.

Encadrement :
Blanche Collard et Emmanuelle Baudry (Encadrement partagé à 50 %)

Lieu de travail :
UMR ESE, Ecologie, Société et Evolution (tutelles Université Paris Saclay/AgroParisTech/CNRS), situé dans le bâtiment IDEEV, au 12 route 128, 91190 Gif sur Yvette.
Le terrain sera réalisé dans la vallée de l’Yvette, proche du lieu de travail.

Profil et compétences recherchées :
• Master (ou équivalent) en écologie, agronomie ou discipline proche
• Compétences en analyses statistiques avec R
• Intérêt pour les approches interdisciplinaires (écologie et sciences sociales)
• Intérêt pour le potager, l’écologie urbaine et l’entomologie
• Goût pour le travail de terrain et le travail en équipe
• Goût pour le contact car les interactions avec les jardiniers seront nombreuses !

Modalités de candidature :
Pour candidater, envoyez svp un mail avant le 12 avril avec comme sujet « candidature Thèse potager» à blanche.collard@agroparistech.com et emmanuelle.baudry@universite-paris-saclay.fr  et contenant votre CV, une lettre de motivation, vos relevés de notes de master 1 et les notes de M2 qui sont disponibles, votre rapport de stage de M1 (ou un autre rapport équivalent), et les coordonnées de deux personnes vous ayant encadré(e).

Références
Collard, B., Dutertre, Q., Baudry, E., 2026. Growing vegetables: A gateway to biodiversity in domestic gardens? Landscape and Urban Planning 265, 105520. https://doi.org/10.1016/j.landurbplan.2025.105520
Goodfellow, I., Prahalad, V., 2022. Barriers and enablers for private residential urban food gardening: The case of the City of Hobart, Australia. Cities 126, 103689. https://doi.org/10.1016/j.cities.2022.103689
Miller, J.R., 2005. Biodiversity conservation and the extinction of experience. Trends in Ecology & Evolution 20, 430–434. https://doi.org/10.1016/j.tree.2005.05.013
Norton, B.A., Ramsey, A.D., Sheffield, D., 2025. Motivations for pro-wildlife gardening: the role of nature connectedness. Journal of Urban Ecology 11, juaf016. https://doi.org/10.1093/jue/juaf016
Varga-Szilay, Z., Fetykó, K.G., Szövényi, G., Pozsgai, G., 2024. Bridging biodiversity and gardening: Unravelling the interplay of socio-demographic factors, garden practices, and garden characteristics. Urban Forestry & Urban Greening 97, 128367. https://doi.org/10.1016/j.ufug.2024.128367
Vávra, J., Megyesi, B., Duží, B., Craig, T., Klufová, R., Lapka, M., Cudlínová, E., 2018. Food Self‐provisioning in Europe: An Exploration of Sociodemographic Factors in Five Regions. Rural Sociology 83, 431–461. https://doi.org/10.1111/ruso.12180

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement. Un email de contact est disponible: blanche.collard@agroparistech.com

Pour toute autre question, vous pouvez contacter sfecodiff@sfecologie.org.