Contexte
La perte et la fragmentation des habitats naturels représentent une menace majeure pour la biodiversité [1]. S’il existe un consensus fort sur le fait que conserver la biodiversité nécessite de préserver une grande quantité d’habitats naturels (i.e. réduire, voire stopper la diminution des surfaces d’habitat) [2], l’arrangement optimal de ces habitats dans l’espace est l’objet d’un débat intense depuis les années 1970 [3,4]. Plus précisément, pour une certaine quantité d’habitats dans un paysage, est-ce qu’il existe des configurations spatiales qui sont réellement plus favorables que d’autres au maintien de la biodiversité ? Ce débat est extrêmement vivant dans la littérature actuelle avec deux communautés scientifiques qui s’opposent : ceux qui défendent le fait que gérer la configuration spatiale des habitats est essentiel pour la conservation versus ceux qui affirment que gérer la configuration n’a que peu d’intérêt et que la conservation passe en premier lieu par une préservation et une restauration des habitats naturels. Les deux phénomènes, perte et fragmentation des habitats, ne sont pas indépendants : quand la quantité d’habitat diminue dans un paysage, les « morceaux » d’habitat restants deviennent plus petits et plus espacés les uns des autres, ce qui rend la résolution du débat ardue [5]. Etant donnée la pression foncière forte qui s’exerce aujourd’hui sur les écosystèmes, les opportunités pour maintenir ou restaurer des habitats en grande quantité sont restreintes. Aménager les territoires pour optimiser la configuration spatiale des habitats apparait dans ce contexte comme la seule option pour conserver la biodiversité [6] et un volet clé de la transition environnementale. Résoudre ce débat sur la fragmentation des habitats est donc devenu une priorité.
Objectifs
Ce stage vise à aborder la question de la fragmentation des habitats par une approche expérimentale en mésocosmes sur le terrain. Une expérimentation est en cours depuis 2022 (plaine de la Crau) et vise à caractériser la réponse des communautés d’arthropodes (araignées, coléoptères, cloportes, myriapodes, …) à la perte et fragmentation de leur habitat (présence de galets qui permettent aux arthropodes de s’abriter des températures extrêmes et de leurs prédateurs [7]). De nombreuses zones de la plaine ont été dépierrées pour faire place à des activités agricoles, réduisant ainsi drastiquement l’abondance et la richesse des communautés des coléoptères [8]. Cependant, nous ne savons pas de quelle manière l’intensité du retrait des galets et l’organisation spatiale des galets restants peut atténuer ou non ces effets sur les arthropodes, et si la réponse des populations et communautés est liée à la capacité de mouvement des différents organismes. Les résultats des premières années (2022 à 2026) laissent penser que la quantité d’habitat est le facteur prépondérant, et que son effet pourrait s’atténuer dans le temps [9]. Toutefois, les résultats en termes de présence ou d’abondance ont également le défaut de dépendre de la phénologie et de la variabilité interannuelle forte des abondances d’arthropodes. Une approche fonctionnelle peut permettre de partiellement s’affranchir de ces limites.
Les objectifs de ce stage sont donc 1) d’analyser l’effet de la perte et fragmentation des habitats sur la biomasse en arthropodes dans les paysages expérimentaux (analyse de données collectées en 2026) [10], 2) de participer au suivi des communautés d’arthropodes (collecte 2027, comparaison avec 2022-2026), 3) de participer sur le terrain aux suivis de mouvements des individus avec une approche novatrice qui permet un gain de résolution spatiale et temporelle [11,12].
L’étudiant.e sera donc amené.e à effectuer du travail de terrain (maintenance dispositif expérimental, piégeage d’arthropodes, identifications naturalistes, marquage et suivi de mouvement), ainsi que du travail de laboratoire (saisie de données, mesures de biomasse sur photos, analyses statistiques sous R), et de communication (rédaction rapport, présentation de ses résultats à l’équipe et à son jury en fin de stage).
1. IPBES. Global Assessment Report on Biodiversity and Ecosystem Services. (2019).
2. Fletcher Jr, R. J. et al. Is habitat fragmentation good for biodiversity? Biol. Conserv. 226, 9–15 (2018).
3. Fahrig, L. et al. (2019) Is habitat fragmentation bad for biodiversity? Biol. Conserv. 230, 179–186.
4. Diamond, J. M. The island dilemma: lessons of modern biogeographic studies for the design of natural reserves. Biol. Conserv. 7, 129–146 (1975).
5. Villard, M. & Metzger, J. P. Beyond the fragmentation debate: a conceptual model to predict when habitat configuration really matters. J. Appl. Ecol. 51, 309–318 (2014).
6. Albert, C. H., Rayfield, B., Dumitru, M. & Gonzalez, A. Applying network theory to prioritize multispecies habitat networks that are robust to climate and land‐use change. Conserv. Biol. 31, 1383–1396 (2017)
7. Buisson, E. & Dutoit, T. Creation of the Natural Reserve of la Crau: implications for the creation and management of protected areas. J. Environ. Manage. 80, 318–326 (2006).
8. Blight, O. et al. Using stone cover patches and grazing exclusion to restore ground-active beetle communities in a degraded pseudo-steppe. J. Insect Conserv. 15, 561–572 (2011).
9. Albert CH, Blight O. et al. (2025) Short-term responses of ground-dwelling arthropod communities to habitat loss and fragmentation in experimental mesoscale landscapes, Scientific reports, 15:27937
10. Wildermuth, B., Bröcher, M., Ladouceur, E. et al. Arthropod species loss underpins biomass declines. Nat Ecol Evol 10, 83–94 (2026). https://doi.org/10.1038/s41559-025-02909-y
11. Blight O, Albert CH, et al. Potential of RFID telemetry for monitoring ground-dwelling beetle movements: A Mediterranean dry grassland study. Frontiers in Ecol. & Evol. (2023) https://doi.org/10.3389/fevo.2023.1040931
12. Albert CH, Blight O et al. (in prep.) High-resolution spatial and temporal data on arthropods: an in situ scanner to provide unprecedented insights into their ecology
Ce stage permettra à l’étudiant de se confronter
– à la maintenance d’une expérimentation de terrain pluri-annuelle
– au suivi d’une expérimentation, observations, prise de données
– à la gestion et l’analyse des données
– au travail dans une équipe déjà soudée et dynamique
– à affiner ses connaissances en écologie, écologie des communautés, écologie des paysages et entomologie
– à la découverte du monde de la recherche avec un projet complet du design à l’analyse de données
– à la découverte du monde de la conservation, par un partenariat avec la réserve de la Crau
Encadrement:
• Cécile ALBERT (DR CNRS HDR, IMBE Aix-en-Provence)
• Olivier BLIGHT (MCF Univ. IMBE Avignon)
Commentaires récents