Il est souvent considéré que l’évolution de la locomotion chez les hominines a joué un rôle majeur dans les processus évolutionnaires au sein de cette lignée. Mais la reconstruction de l’évolution de la locomotion demeure difficile en raison du caractère fragmentaire du registre fossile, de la rareté des squelettes associés et des débats persistants sur l’interprétation fonctionnelle des éléments postcrâniens des hominines (Cazenave et Kivell, 2023 ; Stamos et Alemseged, 2023).

Quelles étaient les modes posturo-locomoteurs de nos ancêtres ? Les synthèses récentes soulignent une probable diversité locomotrice ancienne, mêlant formes précoces de bipédie et persistance de comportements arboricoles, diagnostiqués à partir de l’interprétation decombinaisons anatomiques mosaïques au sein des hominines et, plus largement, chez les catarrhiniens (Stamos et Alemseged, 2023 ; Almécija et al., 2021).
Les travaux récents invitent à abandonner les scénarios trop linéaires et à envisager plusieurs trajectoires évolutionnaires compatibles avec les données, marquées par des homoplasies, des cooptations fonctionnelles et des combinaisons anatomiques mosaïques (Almécija et al., 2021).
Quelles formes intermédiaires de locomotion les hominines ont-ils « explorées » entre arboricolie et bipédie ? Les comparaisons avec les catarrhiniens actuels suggèrent que certaines composantes fonctionnelles de la bipédie ont pu émerger dans des contextes au moins partiellement arborés ou forestiers notamment sur supports flexibles (Thorpe et al., 2007), et que les premiers verrous anatomiques à libérer pourraient avoir été au niveau du tronc et du bassin (Druelle et al., 2025).

Dans ce stage, nous proposons de répondre à ces questions à l’aide de modèles possibilistes. Ce travail supposera d’abord d’identifier les traits anatomiques impliqués dans la locomotion chez les hominidés, particulièrement chez les hominines, puis de relier ces traits à leurs effets fonctionnels à partir des synthèses disponibles (Cazenave et Kivell, 2023 ; Daegling, 2022 ; Stamos et Alemseged, 2023).
Il s’agira ensuite de lister, sur la base de la littérature et des expertises réunies dans le projet, un ensemble de transitions développementales et évolutionnaires plausibles au regard de l’anatomie et des scénarios discutés dans la littérature, en tenant compte du caractère buissonnant des relations phylogénétiques, de l’importance des homoplasies et des combinaisons anatomiques mosaïques (Almécija et al., 2021 ; Stamos et Alemseged, 2023).

Le modèle possibiliste de la famille d’EDEN (Ecological Discrete-Event Networks), déjà éprouvé pour l’exploration formelle de dynamiques possibles dans des systèmes complexes, assemblera ensuite ces transitions en un système cohérent dont on calculera les dynamiques accessibles à partir d’un ou plusieurs états initiaux hypothétiques, compatibles avec les reconstructions disponibles des ancêtres pertinents (Pommereau et al., 2022). Si le temps le permet, nous y intégrerons également les changements environnementaux, notamment la variation du couvert ligneux, la structure de la végétation et l’hétérogénéité des paysages, facteurs susceptibles d’avoir influencé l’évolution locomotrice des hominines en Afrique (Cerling et al., 2011).

En pratique, ce travail combinera recherche bibliographique et modélisation formelle dans le cadre EDEN (Pommereau et al., 2022). Il s’adresse à des biologistes intéressé·e·s par la biologie des hominidés, ainsi que par les concepts théoriques associés à l’évolution (humaine). Gratification selon la réglementation en vigueur. Contact : angeli@cerege.fr – francois.marchal@univ-amu.fr – francois.druelle@univ-amu.fr

Bibliographie :
Almécija, S., Hammond, A. S., Thompson, N. E., Pugh, K. D., Moyà-Solà, S., & Alba, D. M. (2021). Fossil apes and human evolution. Science, 372(6542), eabb4363. https://doi.org/10.1126/science.abb4363
Cazenave, M., & Kivell, T. L. (2023). Challenges and perspectives on functional interpretations of australopith postcrania and the reconstruction of hominin locomotion. Journal of Human Evolution, 175, 103304. https://doi.org/10.1016/j.jhevol.2022.103304
Cerling, T. E., Wynn, J. G., Andanje, S. A., Bird, M. I., Korir, D. K., Levin, N. E., Mace, W., Macharia, A. N., Quade, J., & Remien, C. H. (2011). Woody cover and hominin environments in the past 6 million years. Nature, 476(7358), 51–56. https://doi.org/10.1038/nature10306
Daegling, D. J. (2022). Functional inference in paleoanthropology: Theory and practice. Johns Hopkins University Press.
Druelle, F., Özçelebi, J., Marchal, F., & Berillon, G. (2025). Analyzing Instantaneous Energy in Bipedal Walking of Baboons: A Model for Exploring the Evolutionary Transition Toward Efficient Bipedalism in Hominins. American Journal of Biological Anthropology, 186(4), e70056.
Pommereau, F., Thomas, C., & Gaucherel, C. (2022). EDEN framework for interactive analysis of ecosystems models. In Proceedings of the International Workshop on Petri Nets and Software Engineering (PNSE’22) (pp. 71–90).
Stamos, P. A., & Alemseged, Z. (2023). Hominin locomotion and evolution in the Late Miocene to Late Pliocene. Journal of Human Evolution, 178, 103332. https://doi.org/10.1016/j.jhevol.2023.103332
Thorpe, S. K. S., Holder, R. L., & Crompton, R. H. (2007). Origin of human bipedalism as an adaptation for locomotion on flexible branches. Science, 316(5829), 1328–1331. https://doi.org/10.1126/science.1138211

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