Contexte scientifique :
Face au déclin sans précédent des pollinisateurs sauvages (Potts et al. 2010), favoriser leur
présence constitue un enjeu majeur pour la préservation de la biodiversité et le bon
fonctionnement des écosystèmes.
Bien que très contraints, les milieux urbains peuvent constituer des zones refuges favorables aux
pollinisateurs sauvages (Hall et al. 2017 ; Prendergast et al. 2022 ; Samuelson et al. 2018). De
nombreuses études montrent en effet que les villes peuvent accueillir une diversité et une
abondance élevées de pollinisateurs sauvages (Banaszak-Cibicka et al. 2018 ; Felderhoff et al.
2022 ; Lanner et al. 2020 ; Zaninotto and Dajoz 2022). Parmi ces espaces, les parcs urbains,
souvent étendus et riches en ressources florales pourraient jouer un rôle clé dans le maintien et
le renforcement des communautés de pollinisateurs (Baldock et al., 2019).
La flore urbaine plantée étant très diversifiée, elle peut comprendre des espèces indigènes,
exotiques et horticoles. Largement utilisée dans les aménagements paysagers (Threlfall et al.,
2016), la flore ornementale tend toutefois à favoriser les insectes généralistes au détriment des
espèces spécialistes (Cane et al. 2006 ; Matteson et al. 2008 ; Bates et al. 2011 ; Buchholz et al.
2020 ; Erickson et al. 2020 ; Lanner et al. 2020 ; Ayers and Rehan 2021 ; Zaninotto et al. 2021). En
raison de la diversité de ses formes florales, couleurs, tailles et ressources, elle peut néanmoins
attirer une large gamme de pollinisateurs aux préférences et capacités morphologiques variées
(Poole et al. 2025 ; Theodorou et al. 2017). Cette diversité ne se traduit cependant pas de manière
homogène en termes d’attractivité. La littérature souligne en effet une forte variabilité liée
notamment à la morphologie florale et aux ressources offertes (Garbuzov and Ratnieks 2014 ;
Garbuzov et al. 2015 ; 2017 ; Erickson et al. 2020).
Malgré l’intérêt croissant porté au rôle de la végétation urbaine dans le soutien des pollinisateurs
sauvages, les connaissances disponibles demeurent encore insuffisamment documentées. Les
études disponibles se portent majoritairement sur des espèces herbacées, principalement
sauvages, et entomophile. Mais, la diversité fonctionnelle de la flore urbaine plantée ne se limite
pas à ces catégories. Les ligneux (arbres, arbustes, grimpantes) constituent une part importante
de la végétation plantée en ville (arbres d’alignement, massifs, haies, etc.), tout comme les
créations horticoles. D’autre part, les ornementales ne se limitent pas aux espèces à pollinisation
entomophile. De nombreuses espèces sont anémophiles, et même si elles sont pollinisées par
le vent, le pollen produit peut néanmoins contribuer à l’alimentation des insectes (Filipiak 2024).
Par conséquent, il apparaît nécessaire de considérer les espèces végétales plantées selon leurs
traits floraux et les réponses des pollinisateurs à ces traits, pour mieux évaluer leur attractivité et
leur potentiel en tant que ressources pour les pollinisateurs. Cette caractérisation fonctionnelle
permettra de mieux choisir les plantes en milieu urbain afin de garantir aux pollinisateurs
sauvages des ressources continues, accessibles et de qualité tout au long de la saison.
Enjeux et description du projet :
Les listes de végétaux favorables aux pollinisateurs actuellement utilisées par les collectivités
reposent pour la plupart, sur des connaissances empiriques ou sur des sources dont la rigueur
scientifique n’est pas toujours clairement établie. Par ailleurs, les données disponibles
concernent majoritairement l’abeille domestique, ce qui limite leur pertinence pour l’ensemble
des pollinisateurs sauvages. Ainsi, les outils d’aide à la décision dont disposent les collectivités
et les professionnels restent encore incomplets et perfectibles.
Le projet ENTOMOFLORE, financé par l’Office français de la biodiversité, vise à fournir aux
collectivités et aux professionnels de l’aménagement des références robustes et
scientifiquement fondées afin d’orienter leurs choix de plantation en faveur des pollinisateurs
sauvages.
Dans cette perspective, un travail préliminaire est en cours afin d’identifier et de définir des
indicateurs permettant de caractériser la flore urbaine plantée (indigène, exotique et horticole)
selon son attractivité et sa capacité à fournir des ressources. Ces indicateurs prendront
notamment en compte l’accessibilité des ressources liée aux traits morphologiques des fleurs, la
disponibilité en nectar et en pollen, ainsi que la période et la durée de floraison. Ils s’appuieront
sur l’exploitation de bases de données existantes et de la littérature scientifique internationale.
Les indicateurs alimenteront l’application gratuite Floriscope via Végébase, première base de
données nationale (noms / descriptions / images / référencement de catalogues producteurs et
collections botaniques) des végétaux cultivés, afin de proposer un outil d’aide à la décision
destiné aux professionnels du végétal, du paysage et de la nature en ville.
Présentation du sujet de thèse :
Cette thèse CIFRE s’inscrit dans le prolongement d’un travail bibliographique préliminaire. Elle
vise à combler les lacunes identifiées sur l’attractivité et la capacité de la flore urbaine plantée à
fournir des ressources aux pollinisateurs sauvages.
Différents traits floraux associés à l’attractivité et à la capacité à fournir des ressources seront
mesurés sur plusieurs strates végétales, plus particulièrement les espèces ligneuses (arbres,
arbustes et grimpantes). Ce choix constitue un axe original de la thèse, les travaux consacrés aux
interactions entre flore urbaine plantée et pollinisateurs étant jusqu’à présent majoritairement
focalisés sur les espèces herbacées, principalement sauvages. Pourtant, les ligneux représentent
une composante structurante de la végétation urbaine et sont susceptibles de fournir des
ressources florales abondantes, diversifiées et parfois disponibles à des périodes clés de la
saison.
La thèse s’intéressera aux espèces à pollinisation entomophile, mais également anémophiles,
particulièrement représentées chez les arbres. Bien que pollinisées par le vent, elles ne
dépendent pas des pollinisateurs pour leur reproduction mais peuvent néanmoins contribuer à
l’alimentation des insectes qui peuvent collecter ce pollen produit en grande quantité.
L’ensemble de ces mesures permettra de mieux évaluer le rôle de la flore urbaine plantée et de
construire des indicateurs opérationnels d’attractivité et de disponibilité en ressources
directement mobilisables par les professionnels de l’aménagement et de la nature en ville.
Plusieurs questions de recherche pourront ainsi être abordées, notamment :
– Quelle est la contribution des ligneux (arbres, arbustes et grimpantes) de la flore urbaine
plantée à la production de ressources florales ?
– Les différentes strates de végétation urbaine attirent-elles des catégories de
pollinisateurs différentes ? En d’autres termes, la diversification des strates de la
végétation urbaine peut-elle contribuer à la préservation d’une diversité importante de
pollinisateurs ?
– Quelle est la contribution des espèces ornementales urbaines non répertoriées comme
entomophiles (certains arbres, certaines Poacées, etc.) à la production de ressources
florales ?
L’ensemble de ces travaux permettra également d’évaluer la pertinence des indicateurs
développés, en analysant leur capacité à expliquer les effectifs de visites observés chez les
pollinisateurs sauvages sur les espèces florales étudiées.
S’appuyant sur un état de l’art approfondi, ce travail combinera des approches de terrain et des
expérimentations en laboratoire. Le ou la doctorant(e) devra :
• Définir et mettre en place des protocoles standardisés basés sur les traits floraux.
• Définir et mettre en place un protocole de capture et / ou d’observations des
pollinisateurs.
• Collecter des données lors d’échantillonnages sur le terrain.
• Analyser ces données collectées et valoriser les résultats à travers un mémoire de thèse
et des publications scientifiques.
• Traduire les résultats issus des recherches sous forme d’indicateurs.
• Valoriser les résultats sous forme de synthèse technique à destination des professionnels
du végétal, du paysage et de la nature en ville.
• Participer à des colloques scientifiques nationaux et internationaux.
• Participer à des colloques à destination des professionnels du végétal, du paysage et de
la nature en ville.
• Participer à des instances, journées techniques et / ou des webinaires organisés par
Plante & Cité.
Profil recherché :
Le ou la candidat(e) devra être titulaire d’un Master 2 en écologie d’ici août 2026 et d’un intérêt
marqué pour la recherche scientifique dans le domaine de la pollinisation et pour les enjeux
techniques liés à la nature en ville. La personne recrutée devra faire preuve d’autonomie et
manifester une appétence pour le travail de terrain (observations, échantillonnages, etc.) comme
pour les expérimentations en laboratoire (quantification de la production de récompenses
florales – pollen, nectar, etc.). Des connaissances botaniques, une bonne maîtrise du logiciel R
et des compétences en analyse de données sont attendues. Des compétences dans la
reconnaissance des groupes de pollinisateurs seraient un plus. Le permis B est requis
impérativement.
Environnement et conditions de travail :
Cette thèse est codirigée par Plante & Cité (Angers) et l’Institut d’Ecologie et des Sciences de
l’Environnement (iEEs, Paris).
Pour une durée de 36 mois, vous intégrerez l’iEEs à Paris et Plante & Cité à Angers. Le lieu principal
d’affectation sera à Paris. Des déplacements réguliers à Plante & Cité ainsi que sur le terrain sont
à prévoir dans différentes régions françaises, notamment en Centre-Val de Loire (Arboretum de la
Petite Loiterie). Le télétravail est possible, dans des conditions à définir.
Vous serez principalement encadré(e) par Isabelle Dajoz, professeure à l’Université Paris Cité et
bénéficierez de la codirection de Mathilde Baude, maîtresse de conférences à l’Université
d’Orléans et chercheuse à l’iEEs, ainsi que de Mélissa Haouzi docteure en écologie et chargée de
mission écologie et biodiversité à Plante & Cité.
Vous bénéficierez également de l’expertise scientifique d’Alice Michelot Antalik, professeure à
l’Université de Lorraine, ainsi que de l’expertise technique au sein de Plante & Cité, de Maxime
Guérin, chargée de mission sur la santé des végétaux et la protection biologique intégrée et
Benjamin Pierrache, chargé d’études Floriscope.
Un démarrage est prévu pour janvier 2027. La rémunération sera déterminée selon la grille de
rémunération SYNTEC et dans le respect des seuils prévus par l’ANRT pour les thèses CIFRE. La
thèse est financée par l’Office français de la biodiversité, et un dossier est à déposer auprès de
l’ANRT pour un cofinancement.
Modalités de candidature :
Pour candidater, merci d’envoyer votre curriculum vitae, une lettre de motivation, les relevés de
notes de Master 1 et Master 2, deux lettres de recommandation, ainsi que votre rapport de Master
2 (si possible) à isabelle.dajoz@univ-paris-diderot.fr et melissa.haouzi@plante-et-cite.fr avant le
3 juillet 2026 avec la mention « Candidature thèse projet Entomoflore ».
Les entretiens se dérouleront en présentiel à Paris au sein de l’iEES, le 8 juillet après-midi.

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement. Un email de contact est disponible: melissa.haouzi@plante-et-cite.fr

Pour toute autre question, vous pouvez contacter sfecodiff@sfecologie.org.