Résumé du sujet
L’association d’une culture avec une légumineuse est un levier majeur pour réduire notre
dépendance aux engrais de synthèse. Une telle pratique agroécologique modifie considérablement
le bilan global de carbone (C) et d’azote (N) au sein de l’agroécosystème. Cependant, les
conséquences de cette pratique sur le climat mondial restent incertaines en raison de notre faible
compréhension des mécanismes écophysiologiques des plantes en association. Par exemple, la
réduction des émissions de N2O prétendument causée par la réduction des apports d’azote minéral
peut dépendre fortement de la quantité et de la concentration en azote des résidus de légumineuses
générés au fil du temps. Le potentiel de séquestration du carbone dans le sol peut également
dépendre en grande partie de la manière dont les plantes répartissent les assimilats carbonés et
azotés entre les parties aériennes et racinaires, plusieurs travaux indiquant que les matières
organiques issues des racines contribuent 2 à 5 fois plus au stockage du carbone dans le sol que
les résidus de cultures. Pour mieux quantifier le bénéfice des associations avec des légumineuses
pour le climat, il faut donc mieux comprendre comment l’acquisition et l’allocation des ressources
en C et en N par les plantes sont modifiées par les interactions entre plantes.
L’un des défis à relever pour améliorer les modèles de surface et de climat à grande échelle est
l’intégration multi-échelle des processus, du génotype jusqu’à l’échelle mondiale (Peng et al., 2020).
Des résultats récents ont montré l’intérêt de la modélisation des cultures intégrant les interactions
entre la culture, l’environnement et la gestion pour améliorer les simulations à l’échelle mondiale
(Müller et al., 2019 ; Wu et al., 2016). En revanche, la prise en compte de la sous-échelle pour
l’intégration des processus physiologiques fins est encore peu explorée. L’utilisation de modèles de
plantes tels que les Functional-Structural Plant Models (FSPM) ou modèles structure-fonction,
permettant d’intégrer les processus de l’organe à la plante, représente une opportunité pour aborder
des questions telles que l’amélioration de la simulation des interactions entre C et N en réponse au
stress et à la gestion (Peng et al., 2020). Depuis une dizaine d’année, plusieurs modèles FSPM
aériens et racinaires génériques ont été construits (Barillot et al., 2016, Garin et al., 2014, Louarn
et Faverjon 2018 ; Braghiere et al., 2020). Pourtant, il n’existe actuellement aucun modèle structurefonction
pour modéliser la compétition pour la lumière et l’azote d’une population de plantes de
grande culture jusqu’au rendement, elle soit ou non associée avec une légumineuse.
La thèse proposée vise à répondre à ce défi dans le cas d’une association entre un colza et une
légumineuse gélive dans un contexte de diversification des cultures pour l’agroécologie. L’objectif
est d’améliorer la modélisation de la gestion du C et du N au sein du système plante-sol dans le
contexte de l’association. À cette fin, le doctorant concevra tout d’abord un nouveau modèle
mécaniste (à partir d’un prototype existant) qui stimulera la croissance des plantes et les interactions
carbone-azote entre parties aériennes et racinaires, en réponse à la disponibilité en lumière et en
azote à l’échelle de l’organe et sur l’ensemble du cycle de culture. Ceci constituera le premier livrable
de la thèse. Ensuite, la régulation de l’architecture 3D des plantes en fonction des ressources en C
et N et des conditions environnementales sera introduite, tout en maintenant l’efficacité des calculs
pour permettre la simulation des associations dans un temps raisonnable. L’explicitation de ces
processus de rétroaction, qui sont nécessaires pour la simulation de la compétition entre plantes et
pourtant souvent absents des modèles de plantes, constituera la deuxième originalité de la thèse.
Le modèle sera calibré pour des cultures pures et en association avec une légumineuse, puis utilisé
pour simuler l’effet de la compétition sur le rendement mais aussi sur des variables d’état telles que
la dynamique de la surface foliaire, de la biomasse végétale, de la distribution de l’azote dans la
canopée et des résidus de culture sur l’ensemble du cycle de culture. Enfin, dans une phase plus
exploratoire, une approche de méta-modélisation sera initiée afin de simplifier le FSPM, pour
pouvoir générer rapidement une simulation fiable de ces variables de sortie à une plus grande
échelle. Cette approche permettra une connexion plus facile aux modèles régionaux ou globaux de
surface terrestre tels que ORCHIDEE (Krinner et al., 2005). La thèse visera à produire un modèle
végétal aussi générique que possible, en utilisant la combinaison colza/féverole comme cas
d’étude.
Le modèle produit pourra être utilisé pour identifier les périodes critiques du cycle pour la gestion
des phénomènes de compétition/facilitation, les traits architecturaux déterminant le succès des
associations colza/féverole, les bilans C et N de l’association et leur effet sur les propriétés du
couvert en réponse à la diversification des cultures. Cela améliorera considérablement notre
compréhension du fonctionnement des associations de plantes, et permettra de comprendre par
simulation comment les associations de légumineuses peuvent modifier le rendement, la production
de biomasse et la morphologie des plantes, ainsi que le bilan de C et N dans le système sol-plante.
Le travail de méta-modélisation sera un premier pas vers le changement d’échelle de la plante au
peuplement et l’interaction avec les approches à grande échelle, permettant une meilleure
intégration de la plasticité et de la dynamique du C et du N des plantes en association dans les
modèles de surface à grande échelle.

Summary
Associating a cash crop with a leguminous plant is a major lever for reducing our dependence on
synthetic fertilizers. Such agroecological practice dramatically alters the overall carbon (C) and
nitrogen (N) budget within the agroecosystem. However, the consequences this may have on global
climate remain uncertain because of our poor understanding of plant physiological changes. For
example, the reduction in N2O emissions allegedly caused by the reduction in mineral N inputs may
strongly depend on the amount and N-concentration of the legume residues generated over time.
The potential of soil C sequestration may also largely depend on how plants allocate C and N
resources between shoots and roots, as several works indicate that root-derived plant materials
contribute 2 to 5 times more to soil C storage than the shoot residues. Understanding how legume
associations will benefit the climate therefore requires a better understanding of how the acquisition
and allocation of C and N resources by the plants is modified by plant-to-plant interactions.
One of the challenges for improving large-scale surface and climate models is the multi-scale
integration of processes from genotype to global scale (Peng et al., 2020). Recent results have
shown the value of crop modelling integrating crop, environment and management interactions to
improve global scale simulations (Müller et al., 2019; Wu et al., 2016). On the other hand, the
consideration of sub-scale for the integration of fine physiological processes is still under-explored.
However, the use of plant models such as Functional-Structural Plant Models (FSPM), integrating
processes from the organ to the plant, represents an opportunity to address issues such as
improving the simulation of C and N interactions in response to stress and management (Peng et
al., 2020). Over the past decade, several generic models of aerial and root FSPM have been built
(Barillot et al., 2016, Garin et al., 2014, Louarn and Faverjon 2018; Braghiere et al., 2020). Yet,
there is currently no structure-function model to model the competition for light and nitrogen of a
field crop population to yield, it is associated with a legume or not.
The PhD proposed here aims to address this challenge in the case of an association between an
oilseed rape plant and a legume in the context of crop diversification for agroecology. The objective
is to improve the modelling of C and N management within the plant-soil system in the context of
the association. To this end, the PhD student will first design a new, mechanistic FSPM (starting
from an existing prototype) that will stimulate plant growth and shoot-root interactions for C and N,
in response to their availability at the organ scale and over the entire crop cycle. This will constitute
the first deliverable of the thesis. Next, the regulation of plant 3D architecture as a function of plant
C and N resources and environmental conditions will be introduced, while maintaining computational
efficiency to allow the simulation of associations in a manageable amount of time. Explicating these
feedback processes, which are necessary for the simulation of plant-plant competition and yet often
absent in plant models, will represent the second original result of the PhD. The model will be
calibrated for cash crops in pure stand and in association with a legume, and then used to simulate the effect of competition on yield but also on state variables such as the dynamics of leaf surface,
plant biomass, N distribution within the canopy and crop shoot and root residues over the whole
crop cycle. Finally, in an exploratory phase, a meta-modelling approach will be attempted in order
to simplify the FSPM, so that it can quickly generate a reliable simulation of these variables as a
function of plant growth conditions at a larger scale. This approach will allow an easier connection
to regional or global land surface models such as ORCHIDEE (Krinner et al., 2005). The PhD will
aim to produce a plant model that is as generic as possible, using the oilseed rape/faba bean
combination as a case study.
Eventually, this new model will simulate how legume associations can modify plant yield and
biomass production, plant morphology and C and N budget within the soil-plant system. This will
significantly improve our understanding of the functioning of plant associations, and also enable a
better integration of plant plasticity and C and N dynamics in the context of crop-legume association
within large-scale surface models.

Thèse financée par l’institut de convergence CLAND (https://cland.lsce.ipsl.fr) et le métaprogramme INRAE DIGIT-BIO (https://www.inrae.fr/nous-connaitre/metaprogrammes#digitbio

Encadrement de la thèse et unités d’accueil
La thèse se déroulera entre les UMR ECOSYS à Grignon jusqu’à la rentrée 2022 puis à Saclay
(INRAE, AgroParisTech, Université Paris-Saclay) et AGAP à Montpellier (INRAE, CIRAD, INRIA),
qui ont des compétences reconnues en écophysiologie et modélisation des plantes (voir
références). Elle sera inscrite à l’école doctorale ABIES (AgroParisTech Université- Paris-Saclay).
Directrice de thèse : A. Jullien (ECOSYS, AgroParisTech), alexandra.jullien@agroparistech.fr
Co-encadrants : C. Richard-Molard (ECOSYS, INRAE), celine.richard-molard@inrae.fr
C. Pradal (AGAP, CIRAD), math-info, Christophe.pradal@cirad.fr
F. Rees (ECOSYS, INRAE), frederic.rees@inrae.fr

Candidatures et profil recherché :
– Les candidatures sont ouvertes immédiatement pour un recrutement en sept./oct. 2021.
– Envoyer CV et lettre de motivation aux quatre encadrants indiqués ci-dessus.
– Profil recherché : écophysiologiste/agronome/biologiste avec une expérience en modélisation et
un goût pour les approches systémiques ou modélisateur math/info avec une expérience et des
connaissances solides en écophysiologie ou biologie.

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement. Un email de contact est disponible: alexandra.jullien@afgroparistech.fr

Pout toute autre question, vous pouvez contacter sfecodiff@sfecologie.org.