Contexte :
L’effet des activités humaines sur les écosystèmes est majeur. Dans de nombreuses régions, et en particulier en Europe, les changements d’usage opérés depuis un siècle ont profondément modifié le fonctionnement et la dynamique des écosystèmes non forestiers. Ces changements ont eu un impact sévère sur les communautés de plantes et d’insectes caractéristiques de ces habitats (Stefanescu et al. 2009 ; Miller et al. 2015 ; van Klink et al. 2015 ; Hilpold et al. 2018).
Les lépidoptères représentent moins de 15% de l’entomofaune européenne mais plus de 40% des espèces qui y sont protégées (Leandro et al. 2017). Malgré cette protection, les papillons de jour sont en déclin (Warren et al., 2021). En Occitanie, 211 espèces de rhopalocères ont été recensées (soit a minima 80% des espèces observées en France métropolitaine). Parmi ces espèces, deux sont considérées disparues et 33 en danger ou danger critique d’extinction (Louboutin et al., 2019). En dépit des mesures de protection dont bénéficient ces espèces, la préservation des populations de papillons de jour n’est donc pas pleinement assurée.
La grande majorité des espèces de rhopalocères présentes en France recherchent des habitats ouverts et semi-ouverts qui résultent, notamment en zone méditerranéenne, d’une longue histoire pastorale. Mais l’activité pastorale, comme toutes les productions agricoles, est soumise à des contraintes technico-économiques qui peuvent avoir des conséquences importantes sur l’évolution des milieux. La situation critique de nombreuses espèces tient sans doute à la multiplicité des perturbations affectant les milieux ouverts : fermeture du fait de la déprise pastorale et de l’exode rural, intensification des pratiques agricoles et pastorales, destruction et fragmentation des habitats, pollutions diffuses et changement climatique (Collinge, 2000 ; Stefanescu et al., 2009 ; Louboutin et al., 2019).
Pour de nombreuses espèces, les exigences d’habitat de la larve et de l’imago sont différentes. Localement, la persistance des populations dépendra donc de la capacité des habitats à (1) permettre le développement des larves, sur les plantes voire des fourmis-hôtes, et l’alimentation et la reproduction des adultes (fonctionnalité de l’habitat) et à (2) être accessibles aux adultes (connectivité de l’habitat). En France, comme ailleurs en Europe, la protection des habitats a été antérieure à la prise en compte des enjeux de connectivité. Cette dernière, qui remonte à bientôt 15 ans à travers, en particulier, la « trame verte et bleue », a abouti à la mise en œuvre des Schémas Régionaux de Cohérence Ecologique. Les SRCE de Midi-Pyrénées et du Languedoc-Roussillon qui constituent, ensemble, le SRCE d’Occitanie ont été publiés en 2015.

Sujet :
Pour préserver efficacement les populations de papillons de jour, il est aujourd’hui essentiel de pouvoir évaluer la qualité des habitats dont elles disposent (cortège floristique, conditions thermiques et hygrométriques…) en prenant en compte également les pratiques (perturbations) anthropiques. Il est essentiel aussi de caractériser avec précision la structuration géographique de ces habitats potentiels, qui peuvent être à la fois connectés et morcelés. Le premier objectif de la thèse sera donc de conduire une analyse spatiale afin de caractériser et d’évaluer les zones d’habitats favorables aux papillons de jour en Occitanie. La méthodologie devra être transposable à d’autres groupes d’insectes.
Grâce à l’important jeu de données disponible à l’échelle de l’Occitanie (plus de 500 000 observations de rhopalocères validées, pour la plupart postérieures à 2008), cette analyse « paysagère » pourra être confrontée à la distribution connue des espèces pour identifier les facteurs déterminants et améliorer notre connaissance des processus.
L’existence de cartographies numériques anciennes de l’usage des terres permettra également d’évaluer, à l’échelle régionale, l’effet potentiel des changements paysagers historiques.
Pour pouvoir tenir compte des pratiques, pour lesquelles on ne dispose pas de base de données cartographique, une analyse ciblée pourra en outre être réalisée à l’échelle de secteurs pilotes (de type Parc Naturel Régional ou Parc National) et sa méthodologie être ensuite transposée à d’autres territoires. En effet, l’objectif ultime sera de pouvoir évaluer la potentialité des milieux par rapport à leur accueil effectif des populations dans le territoire occitan.
Ce travail, qui aura d’abord un intérêt méthodologique, sera associé au projet conduit en partenariat par le CEFE, l’OPIE et le CEN-Occitanie (2021-2023) et visant à développer de nouveaux indicateurs pour évaluer l’adéquation de la TVB aux enjeux de conservation de la biodiversité entomologique à l’échelle régionale, avec les papillons de jour et les odonates comme modèles.

Références citées :
Collinge (2000) Effects of grassland fragmentation on insect species loss, colonization, and movement patterns.
Hilpold et al. (2018) Decline of rare and specialist species across multiple taxonomic groups after grassland intensification and abandonment. Biodiversity and Conservation, 27(14), 3729-3744.
Leandro et al. (2017) Bias and perspectives in insect conservation: a European scale analysis. Biological Conservation, 215, 213-224.
Louboutin et al. (2019) Liste rouge des Lépidoptères Rhopalocères et Zygènes d’Occitanie. Rapport d’évaluation. OPIE, CEN MP & CEN LR, Montferrier / Lez : 304 pp.
Miller et al. (2015) Landscape structure affects specialists but not generalists in naturally fragmented grasslands. Ecology, 96(12), 3323-3331.
Stefanescu et al. (2009) Rapid changes in butterfly communities following the abandonment of grasslands: a case study. Insect Conservation and Diversity 2, 261–269.
Van Halder et al. (2017) Trait-driven responses of grassland butterflies to habitat quality and matrix composition in mosaic agricultural landscapes. Insect Conservation and Diversity, 10, 64–77.
van Klink et al. (2015) Effects of large herbivores on grassland arthropod diversity. Biological Reviews, 90(2), 347-366.
Warren et al. (2021) The decline of butterflies in Europe: Problems, significance, and possible solutions. Proceedings of the National Academy of Sciences, 118(2).

Modalités d’obtention du financement :
Le financement est conditionné à la réussite du concours de l’école doctorale 60 de l’Université Paul Valéry Montpellier 3. Ne peuvent concourir que les étudiant.e.s ayant eu, au minimum, la note de 14/20 à leur mémoire de Master 2.
Le ou la candidat.e sera accompagné.e dans la préparation du concours (co-rédaction du projet scientifique et préparation de l’audition prévue début juillet). La sélection préalable du ou de la candidat.e retenu.e pour le concours sera réalisée par l’équipe d’accueil. Pour candidater, merci d’envoyer, avant le 20 mai 2021, votre CV accompagné d’un pré-projet de 3 ou 4 pages explicitant la démarche que vous souhaiteriez mettre en place pour répondre aux questions posées par le sujet à pierre.jay-robert@univ-montp3.fr.
Le ou la candidat.e devra disposer de compétences :
– en traitement de données via R et/ou Qgis (connaissance des plugins et packages d’analyse cartographique : FragScape, Biodispersal, Sp, Raster…) ;
– naturalistes (avec un intérêt particulier pour l’écologie des insectes) ;
– linguistiques de niveau B1 ou supérieur en anglais ;
Un intérêt pour l’écologie du paysage et les enjeux de conservation est attendu. Le ou la doctorant.e devra pouvoir travailler en équipe et en interaction avec les acteurs de la conservation sur le territoire.
La thèse sera réalisée au sein de l’équipe ESA du CEFE, sous la direction de Pierre Jay-Robert, en collaboration avec Camila Leandro.

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement. Un email de contact est disponible: pierre.jay-robert@univ-montp3.fr

Pout toute autre question, vous pouvez contacter sfecodiff@sfecologie.org.