Les introductions d’espèces sont considérées comme l’un des problèmes environnementaux majeurs du 21ème siècle (Baffreau et al., 2018). En effet, elles constituent l’une des quatre principales menaces qui pèsent sur l’océan mondial. Une des raisons est que c’est un phénomène généralement irréversible, tout particulièrement en milieu marin. Ces espèces invasives peuvent déstabiliser les écosystèmes marins sur plusieurs niveaux biologiques (du génome à l’écosystème), de par des changements d’interactions entre les proies et leurs prédateurs (modifications du réseau trophique), l’introduction de pathogènes, de parasites ou encore des modifications de paramètres physico-chimique des habitats (Beisel & Lévêque, 2010).

Afin d’évaluer le rôle des espèces non-indigènes sur la structure et le fonctionnement de la zone intertidale normande, le laboratoire M2C a initié depuis 2011, un suivi des crustacés décapodes invasifs le long des côtes de Normandie. Ce suivi a pour objectif d’étudier l’évolution pluriannuelle des populations de deux espèces de crabes invasifs venant des côtes japonaises (le crabe sanguin Hemigrapsus sanguineus et le crabe à pinceau (Hemigrapsus takanoi) ainsi que le crabe vert local (Carcinus maenas). Ces deux espèces d’origine asiatique ont des capacités de colonisation importantes et ont aujourd’hui une répartition sur les estrans rocheux de la côte de la Manche, depuis le Cotentin (Dauvin et al., 2009b) jusqu’à la côte d’Opale (Dauvin et al., 2009a) et au-delà le long des côtes belges, néerlandaises et allemandes y compris en mer Baltique puis maintenant anglaise. Ce suivi à long terme de ces deux espèces invasives est unique dans le monde et répond aux descripteurs D1 et D2 de la DCSMM.

Des densités importantes de H. sanguineus sont retrouvées sur des sites où la densité en C. maenas est très faible et inversement. Cependant, aucune étude à ce jour n’a mis en évidence s’il existait une compétition trophique entre ces espèces ou si ces dernières possédaient un régime trophique différent. L’innovation principale de ce stage est donc de caractériser et de comparer l’écologie trophiques de ces trois espèces de décapodes prélevées sur 9 sites durant quatre saison (été, automne, hiver et printemps). Pour ce faire, deux approches complémentaires seront utilisées : l’analyse des contenus stomacaux et analyses isotopiques des muscles. Les échantillonnages de l’été et de l’automne 2021 ont déjà été réalisés, l’étudiant(e) devra participer à ceux de l’hiver et printemps 2022.

• Une première partie du stage se déroulera en laboratoire. Il/elle préparera les échantillons de muscles pour les analyses isotopiques et analysera le contenu stomacal de ces trois espèces.

• Une deuxième partie de traitement des données durant laquelle l’étudiant(e) effectuera les analyses statistiques des données précédemment collectées afin de caractériser l’écologie trophique des espèces considérées en relation avec leur site

Profil du candidat recherché
Ce sujet s’adresse à un(e) étudiant(e) ayant le goût de la zoologie, du terrain et possédant des connaissances du milieu marin et de l’écologie ainsi que des compétences en statistiques et analyses de données. Un des critères principaux est d’être autonome en termes de réflexion scientifiques.

Caractère transversal
Ce stage permettra de faire le lien entre la dynamique de colonisation de deux espèces invasives à partir d’un suivi décennal, le changement climatique et le rôle trophique de ces deux espèces.

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement. Un email de contact est disponible: aurore.raoux@unicaen.fr

Pout toute autre question, vous pouvez contacter sfecodiff@sfecologie.org.