Contexte scientifique :
Les mangroves font partie des écosystèmes les plus productifs au monde et contribuent à de nombreuses fonctions écologiques. Leur position d’interface en fait, dans le même temps, des réceptacles de rejets polluants issus des activités anthropiques telles que l’aquaculture, l’urbanisation, l’industrialisation, les transports, le tourisme ou encore l’agriculture. Dans certaines régions où l’utilisation des sols agricoles est peu encadrée et peu maitrisée, l’utilisation irraisonnée de produits phytosanitaires a été constatée. Conséquence de ce contexte, des risques sanitaires et environnementaux peuvent peser sur les écosystèmes aquatiques situés en aval des cultures, dont les mangroves. C’est notamment le cas de l’île de Mayotte, département français depuis 2011 connaissant une très forte croissance démographique dont l’un des corollaires est la forte proportion d’agriculture informelle (80%), utilisatrice de produits phytosanitaires sortant des circuits contrôlés et des normes fixées à l’échelle européenne.
Si des informations sur les saisies de ces produits ainsi que leur présence dans les végétaux sont régulièrement acquises (DAAF), les connaissances au regard de leur devenir dans les milieux aquatiques et leur toxicité pour les organismes inféodés sont très parcellaires. Le projet CRABMAYO (ANSES : CUFR, Université de Nîmes, Université de Montpellier) vise à évaluer les risques sanitaires et environnementaux associés à l’utilisation de pesticides en milieu insulaire et à développer des indicateurs « crabes » dans les mangroves de Mayotte. Les objectifs du projet sont les suivants :
1 – Déterminer quels sont les produits phytosanitaires ou leur produit de dégradation présents dans l’eau des écosystèmes de mangrove sélectionnés
2 – Evaluer si les principales molécules en présence sont bioaccumulées dans les organismes consommés par la population
3 – Evaluer l’impact de certaines de ces molécules sur le fonctionnement de l’écosystème en ciblant une espèce ingénieur : le crabe violoniste Paraleptuca chlorophthalmus

Le sujet de stage s’intègre dans le troisième objectif de ce projet.

Objectifs scientifiques :
Quels sont les effets d’une exposition prolongée à des pesticides sur le comportement et la physiologie d’une espèce ingénieur : Paraleptuca chlorophthalmus ?
Nous nous interrogeons sur le potentiel impact de certains produits phytosanitaires sur l’état de santé de cette espèce omniprésente dans les mangroves de Mayotte et d’Afrique de l’Est plus généralement. Afin de tenter de répondre à cette problématique, nous nous intéresserons aux variations des réponses écophysiologiques d’individus exposés à des doses environnementales de manière chronique (au moins 3 semaines) à ces contaminants. Plus particulièrement, nous investiguerons les réponses individuelles comportementales des crabes (activité et mouvement, temps passé dans le terrier, activité bioturbatrice), puis les potentiels effets sur certaines fonctions physiologiques de l’organisme. Le choix du ou des pesticides utilisé(s) pour les expositions est actuellement en cours et dépend des molécules qui seront détectées dans l’eau des points de prélèvement (objectif 1 du projet, résultats en cours de traitement).

Méthodologie :
Paramètres comportementaux : des microcosmes individuels contenant du sédiment de mangrove seront mis en place en laboratoire avec un système de marées artificielles automatisé, et des caméras filmant à pas de temps réguliers. Les conditions d’exposition seront aléatoirement réparties selon les microcosmes. Les vidéos seront analysées avec le logiciel Ethovision XT®.
Métabolisme : un système de respirométrie aquatique (voire bimodale air-eau) sera mis en place au moyen de chambres métaboliques connectées à des oxymètres optiques Firesting®. La consommation d’oxygène sera mesurée à pas de temps régulier pendant 3 semaines chez des crabes exposés aux différentes conditions.
Biomarqueurs : des marqueurs d’effets et de dommages seront choisis en fonction des contaminants sélectionnés et de leurs effets connus. Des marqueurs de type activité acétylcholinestérase (ACHE), citrate synthase, lactate déshydrogénase, dommages à l’ADN ou protéines carbonylées sont envisagés. Information : cette partie implique l’euthanasie et la dissection de crabes.

Profil recherché :
Nous recherchons un(e) étudiant(e) de Master 2 dans les disciplines suivantes : écotoxicologie, écophysiologie, éthologie / écologie comportementale. Un intérêt pour la zootechnie serait très apprécié, ainsi qu’une expérience préalable dans les expérimentations en laboratoire (biochimie, spectrophotométrie, dosages enzymatiques…). De bonnes connaissances en biostatistiques sont requises et le traitement statistique des données s’effectuera avec le logiciel R. Cette étude nécessitera la collecte, la gestion et le traitement d’un jeu de données conséquent, il est donc indispensable de faire preuve de rigueur. Ce sujet implique des sessions de terrain en mangrove pour pêcher les crabes : soleil, chaleur et vase sont à prévoir.

Modalités pratiques :
Le stage se déroulera au Centre Universitaire de Formation et de Recherche de Mayotte, à Iloni (commune de Dembéni). Durée : 6 mois. Début du stage souhaité : février/mars 2023.

GRATIFICATION :
577,50€/mois
Le billet d’avion aller/retour est pris en charge.

Merci d’envoyer votre candidature (CV, lettre de motivation, relevés de notes de M1) aux adresses suivantes : laura.megevand@univ-mayotte.fr et elliott.sucre@univ-mayotte.fr avant le 3 novembre 2022. Les candidats retenus se verront proposer un entretien en visioconférence.

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement. Un email de contact est disponible: laura.megevand@univ-mayotte.fr

Pout toute autre question, vous pouvez contacter sfecodiff@sfecologie.org.